Bilan radiatif terrestre

Le bilan radiatif compare les rayonnements reçus et émis. La géométrie, l’albédo et l’atmosphère déterminent les échanges d’énergie de la Terre.

Environ 35 minutes

  • Calculer une puissance solaire interceptée
  • Distinguer réflexion, absorption et émission
  • Expliquer l’effet de serre et l’équilibre radiatif
Sommaire
  1. 1. Quelle part de la lumière solaire atteint la Terre ?
  2. 2. Réfléchir et absorber : le rôle de l’albédo
  3. 3. La surface émet ; l’atmosphère absorbe et émet
  4. 4. Un équilibre dynamique ne signifie pas l’arrêt des échanges
  5. 5. Argumenter à partir d’un bilan

Comment une planète éclairée en permanence peut-elle éviter de se réchauffer indéfiniment ?

Le bilan radiatif compare les rayonnements reçus et émis. La géométrie, l’albédo et l’atmosphère déterminent les échanges d’énergie de la Terre.

1. Quelle part de la lumière solaire atteint la Terre ?

Le Soleil émet dans toutes les directions. À la distance de la Terre, son énergie se répartit sur une sphère centrée sur lui. Notre planète n’en intercepte qu’une petite fraction. Pour calculer cette fraction, il faut comparer des aires et préciser la frontière du système étudié. Nous commençons au sommet de l’atmosphère, avant les réflexions et les absorptions.

La puissance interceptée se calcule avec l’aire du disque πR². Elle se répartit en moyenne sur une sphère d’aire 4πR².

Notons R le rayon terrestre et d la distance entre les centres du Soleil et de la Terre. Le faisceau intercepté a pour section un disque d’aire πR². La sphère sur laquelle la puissance solaire se répartit a une aire de 4πd². La fraction interceptée vaut donc πR²/(4πd²), soit R²/(4d²). Cette relation suppose une émission solaire identique dans toutes les directions et une distance très supérieure au rayon terrestre.

Si la puissance solaire reçue par un mètre carré perpendiculaire aux rayons au sommet de l’atmosphère est S, la puissance interceptée vaut SπR². La moyenne sur toute la surface de la planète vaut SπR²/(4πR²) = S/4. Ce facteur quatre provient de la géométrie. Il tient compte d’une moyenne sur la surface entière, incluant la face nocturne ; ce n’est pas la valeur reçue à midi en chaque lieu.

Exemple résolu

Prendre R = 6,4 × 10⁶ m, d = 1,5 × 10¹¹ m et S = 1 360 W/m². Calculer la fraction interceptée et la puissance reçue au sommet de l’atmosphère.

  1. Étape 1 : Les deux longueurs sont en mètres. R² = 4,096 × 10¹³ m² et 4d² = 9,0 × 10²² m².
  2. Étape 2 : Le quotient vaut 4,096 × 10¹³/(9,0 × 10²²), soit environ 4,6 × 10⁻¹⁰.
  3. Étape 3 : La puissance interceptée vaut 1 360 × π × (6,4 × 10⁶)² ≈ 1,75 × 10¹⁷ W. La moyenne surfacique vaut 1 360/4 = 340 W/m².

Résultat : La Terre intercepte environ 4,6 × 10⁻¹⁰ de la puissance solaire totale ; avec ces données arrondies, elle reçoit 1,75 × 10¹⁷ W avant réflexion.

Piège à éviter : Multiplier S par 4πR² compterait quatre fois la puissance interceptée : l’aire exposée au faisceau est celle du disque.

À toi d'essayer

Deux planètes de même rayon se trouvent à des distances d et 2d de la même étoile. Comment leurs puissances solaires interceptées se comparent-elles ?

Voir la réponse

Dans R²/(4d²), remplacer d par 2d multiplie le dénominateur par quatre. La planète deux fois plus éloignée intercepte donc une puissance quatre fois plus faible, avec les hypothèses du modèle.

2. Réfléchir et absorber : le rôle de l’albédo

Une partie du rayonnement reçu repart vers l’espace sans être absorbée. Les nuages, les particules atmosphériques et les surfaces terrestres contribuent à cette réflexion ou diffusion. L’albédo A est le rapport entre la puissance solaire renvoyée vers l’espace et la puissance solaire incidente. C’est un nombre sans unité, compris entre zéro et un. Un albédo de 0,30 correspond à 30 % de rayonnement renvoyé.

La puissance absorbée par l’ensemble Terre-atmosphère vaut (1 − A) fois la puissance incidente. Avec une moyenne incidente de 340 W/m² et A = 0,30, la moyenne absorbée vaut 238 W/m². Ce nombre concerne l’ensemble de la planète et de son atmosphère. Il ne représente pas uniquement l’énergie solaire absorbée par le sol : une partie est absorbée dans l’air et les nuages.

À éclairement égal, une surface claire renvoie généralement davantage de lumière solaire qu’une surface sombre. La disparition d’une surface enneigée peut donc réduire l’albédo local. Cependant, comparer deux températures observées exige aussi de considérer l’heure, les échanges avec l’air, l’évaporation et la capacité des matériaux à stocker l’énergie. La couleur seule n’explique pas toutes les différences.

Exemple résolu

Une planète reçoit en moyenne 300 W/m² et son albédo vaut 0,20. Déterminer les puissances réfléchie et absorbée par unité de surface moyenne.

  1. Étape 1 : La fraction réfléchie vaut 0,20. La puissance moyenne réfléchie est donc 0,20 × 300 = 60 W/m².
  2. Étape 2 : La fraction absorbée vaut 1 − 0,20 = 0,80. La puissance moyenne absorbée est donc 0,80 × 300 = 240 W/m².
  3. Étape 3 : Vérifions le bilan solaire : 60 + 240 = 300 W/m². Les deux parts retrouvent la puissance incidente.

Résultat : Le système réfléchit 60 W/m² et absorbe 240 W/m².

Piège à éviter : Un albédo de 0,20 ne signifie pas que 20 % sont absorbés ; il désigne la part réfléchie.

À toi d'essayer

Un modèle reçoit toujours 400 W/m². Son albédo passe de 0,25 à 0,35. Calcule la variation de la puissance moyenne absorbée et indique son effet initial sur le bilan.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

3. La surface émet ; l’atmosphère absorbe et émet

Toute surface à une température ordinaire émet un rayonnement thermique, même lorsqu’elle ne brille pas à nos yeux. La surface terrestre émet surtout dans l’infrarouge. À propriétés de surface identiques, la puissance émise par unité d’aire augmente avec la température. La lumière solaire comporte notamment du visible ; il faut distinguer ce rayonnement incident de l’infrarouge émis par le sol.

La surface reçoit du rayonnement solaire et de l’infrarouge atmosphérique. L’atmosphère émet aussi vers l’espace. Les flèches indiquent des directions, pas des proportions.

La vapeur d’eau, le dioxyde de carbone et d’autres gaz absorbent une partie du rayonnement infrarouge terrestre. L’atmosphère émet elle aussi de l’infrarouge dans différentes directions, notamment vers la surface et vers l’espace. Le rayonnement atmosphérique descendant ajoute un apport à celui reçu directement du Soleil. Ce mécanisme contribue à l’effet de serre naturel. Il ne crée aucune énergie : la source majeure des échanges reste le Soleil.

L’atmosphère ne se comporte pas comme un couvercle également opaque à toutes les couleurs. Son absorption dépend de la longueur d’onde. Pour commenter un graphique d’absorption, on identifie les axes, puis les intervalles de forte et faible absorption. Une valeur proche de 100 % signifie qu’une grande fraction du rayonnement de cette longueur d’onde est absorbée, pas qu’elle est réfléchie. Dans une fenêtre de faible absorption, une part plus importante peut traverser l’atmosphère.

Un graphique montrant une absorption faible dans une partie du visible et forte dans plusieurs bandes infrarouges permet ainsi d’expliquer pourquoi la lumière solaire et le rayonnement terrestre n’ont pas le même devenir. Il faut lire les bandes une par une : affirmer que tous les infrarouges sont absorbés serait faux. Les nuages interviennent aussi dans les échanges et modifient à la fois le rayonnement solaire réfléchi et l’infrarouge.

Attention :

L’effet de serre et la diminution de la couche d’ozone sont des phénomènes distincts. Une serre horticole limite aussi les échanges d’air ; son fonctionnement n’est donc pas un modèle complet de l’atmosphère.

4. Un équilibre dynamique ne signifie pas l’arrêt des échanges

Choisissons maintenant comme système la surface terrestre. Elle reçoit de l’énergie solaire et du rayonnement atmosphérique. Elle perd de l’énergie par rayonnement et par d’autres transferts, notamment les échanges avec l’air et l’évaporation. Un bilan exclusivement radiatif est une simplification annoncée. Dans un état stationnaire de ce modèle, la puissance reçue égale la puissance émise. L’énergie continue à circuler : l’équilibre est dynamique.

Au sommet de l’atmosphère, on considère au contraire le système Terre-atmosphère entier. Les échanges entre le sol et l’air deviennent internes et ne se rajoutent pas aux entrées solaires. À l’équilibre, la puissance solaire absorbée est compensée par l’infrarouge sortant vers l’espace. Si l’entrée dépasse la sortie, le système stocke de l’énergie ; sa température moyenne peut augmenter. L’équilibre est ici un état de référence, pas l’affirmation que la Terre actuelle est exactement stationnaire.

Exemple résolu

Dans un modèle radiatif de surface, l’apport solaire absorbé vaut 150 W/m² et l’infrarouge atmosphérique reçu 300 W/m². La surface émet 430 W/m². Décrire l’évolution initiale.

  1. Étape 1 : La frontière est celle de la surface. Les deux apports doivent donc être additionnés : 150 + 300 = 450 W/m².
  2. Étape 2 : Le bilan reçu moins émis vaut 450 − 430 = +20 W/m².
  3. Étape 3 : Dans ce modèle sans autre transfert, la surface gagne de l’énergie. Son émission peut ensuite augmenter lorsqu’elle se réchauffe.

Résultat : Le bilan initial est positif de 20 W/m² : la surface se réchauffe dans le cadre du modèle.

Piège à éviter : Utiliser seulement l’apport solaire oublierait le rayonnement descendant de l’atmosphère et inverserait la conclusion.

À toi d'essayer

Un élève additionne le rayonnement solaire absorbé par la planète et le rayonnement échangé entre sol et atmosphère pour calculer l’énergie qui entre depuis l’espace. Explique son erreur sans effectuer de calcul.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

5. Argumenter à partir d’un bilan

Au bac — exploiter un document scientifique

  1. Précise le système, la période et la grandeur : puissance totale en W ou moyenne par unité d’aire en W/m². Cette méthode sert à construire une réponse scientifique argumentée.
  2. Identifie dans le document une information précise : valeur d’albédo, direction d’une flèche ou bande d’absorption. Explique ce qu’elle signifie avant de l’utiliser.
  3. Écris le bilan avec des signes cohérents, présente le calcul et son unité, puis conclus sur le sens de l’évolution. Une variation de puissance n’est pas directement une variation de température.
  4. Annonce les limites du modèle : moyenne globale, état stationnaire éventuel, transferts non radiatifs négligés. Ne déduis pas une température chiffrée si aucune relation ne la relie aux puissances.

Vocabulaire

Puissance :
Énergie transférée par unité de temps, exprimée en watts ; 1 W correspond à 1 J par seconde.
Albédo :
Fraction de la puissance solaire incidente renvoyée vers l’espace.
Infrarouge :
Domaine de rayonnement électromagnétique invisible pour l’œil humain.
Équilibre dynamique :
État où des échanges se compensent sans s’annuler individuellement.
Attention :

Trois erreurs fréquentes : confondre l’aire du disque et celle de la sphère ; prendre la puissance absorbée par Terre-atmosphère pour celle du sol seul ; transformer un écart de W/m² en degrés sans modèle thermique.

Deux frontières, deux bilans

SystèmeApports à considérerÉtat de référence
Surface, modèle radiatifSolaire absorbé et infrarouge atmosphériqueApports radiatifs = émission de la surface
Terre-atmosphèreSolaire absorbé depuis l’espaceSolaire absorbé = infrarouge vers l’espace

À retenir

  • La section interceptant le faisceau solaire a pour aire πR² ; la surface totale de la sphère vaut 4πR².
  • La fraction de la puissance solaire totale interceptée est R²/(4d²).
  • L’albédo est la fraction réfléchie ; la fraction solaire absorbée vaut 1 − A.
  • La surface et l’atmosphère émettent de l’infrarouge ; une partie de l’émission atmosphérique est dirigée vers le sol.
  • Un équilibre dynamique conserve des échanges non nuls dont les bilans se compensent.

Fiche de révision — Bilan radiatif terrestre

Avant un calcul, dessine une frontière autour du sol seul ou autour de l’ensemble de la planète : les échanges internes changent.

De S au sommet de l’atmosphère à la moyenne planétaire, divise par quatre ; applique ensuite la fraction absorbée.

Exemple de contrôle

200 W/m² incidents avec A = 0,40 donnent 80 réfléchis et 120 absorbés.

Un gain énergétique peut réchauffer le système ; les degrés nécessitent une relation supplémentaire et une durée.

Pour relire un schéma, vérifie séparément la nature du rayonnement, sa direction et son unité.

Questions fréquentes

Pourquoi la surface reçoit-elle de l’énergie venant de l’atmosphère ?

L’atmosphère absorbe de l’énergie et émet un rayonnement thermique, notamment vers le sol. Ce transfert ne constitue pas une nouvelle source extérieure d’énergie.

Un équilibre impose-t-il la même température partout ?

Non. Un bilan moyen global peut être équilibré alors que l’éclairement, les températures et les échanges varient fortement selon les lieux et les heures.

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