Numériser le son

Échantillonnage, quantification et compression permettent de discuter la fidélité d’un enregistrement et de calculer son volume.

Environ 35 minutes

  • Distinguer les deux discrétisations
  • Calculer une taille audio et un débit
  • Interpréter un rapport de compression
Sommaire
  1. 1. Du microphone aux nombres
  2. 2. Choisir une fréquence d’échantillonnage
  3. 3. Décrire l’amplitude avec un nombre fini de codes
  4. 4. Calculer la taille d’un fichier audio
  5. 5. Réduire le volume sans confondre les pertes

Comment un ordinateur transforme-t-il une vibration continue en un fichier dont on peut prévoir la taille ?

Échantillonnage, quantification et compression permettent de discuter la fidélité d’un enregistrement et de calculer son volume.

1. Du microphone aux nombres

Une conversation produit des variations continues de pression dans l’air. Un microphone les transforme en une grandeur électrique. Un ordinateur ne conserve pas directement cette variation continue : il enregistre une suite de nombres codés en binaire. La numérisation construit cette suite en réalisant deux opérations différentes, l’échantillonnage et la quantification.

Échantillonner consiste à relever la valeur du signal à des instants espacés régulièrement. Quantifier consiste à remplacer chaque valeur relevée par l’une des valeurs autorisées par le codage. La première opération discrétise le temps ; la seconde discrétise l’amplitude. Les confondre empêche de comprendre pourquoi deux réglages distincts influencent la fidélité et le volume du fichier.

La chaîne comporte aussi des étapes physiques : le microphone a une sensibilité et une bande de fréquences ; le convertisseur accepte une plage de tensions. Si le signal dépasse cette plage, les valeurs extrêmes sont écrêtées. Augmenter ensuite le nombre de bits ne recrée pas les parties déjà déformées. Un enregistrement fidèle commence donc avant le stockage du fichier.

Pour comparer des formats, on précisera ici qu’il s’agit d’un codage audio non compressé où chaque échantillon utilise un nombre fixe de bits, appelé profondeur de quantification. On séparera cette situation de celle d’un fichier compressé à débit donné. Les nombres d’un exercice sont des paramètres à analyser ; ils ne représentent pas tous les sons possibles.

2. Choisir une fréquence d’échantillonnage

La fréquence d’échantillonnage fₑ est le nombre de prélèvements par seconde. Si leur espacement temporel vaut Δt, on écrit fₑ = 1/Δt. Un réglage de 16 000 Hz signifie seize mille échantillons chaque seconde sur chaque canal. Cette fréquence ne correspond pas à la fréquence de la voix ou de la note jouée : elle décrit la cadence de mesure.

Le signal a une fréquence de 2 Hz et les instants sont séparés de 1/16 s. La fréquence d’échantillonnage est donc 16 Hz ; les deux extrémités sont montrées.

Deux prélèvements successifs peuvent être trop éloignés pour décrire une variation rapide. Différents signaux continus deviennent alors compatibles avec les mêmes valeurs enregistrées. Le repliement de spectre peut faire apparaître une fréquence qui n’existait pas sous cette forme dans le signal de départ. Relier les points à l’écran ne résout pas l’ambiguïté de l’information perdue.

Pour un signal limité à une fréquence maximale fₘₐₓ, le critère usuel de restitution demande une fréquence d’échantillonnage strictement supérieure à 2fₘₐₓ. La borne théorique ne remplace pas les marges pratiques et le filtrage : on élimine avant conversion les composantes trop rapides pour le réglage choisi. Un microphone ne réalise pas automatiquement ce filtrage idéal.

Exemple résolu

Un signal que l’on souhaite conserver contient des fréquences jusqu’à 7 000 Hz. On propose des réglages de 12 000 Hz et 16 000 Hz. Lequel respecte le critère indiqué ?

  1. Étape 1 : Calculer le double de la fréquence maximale : 2 × 7 000 = 14 000 Hz.
  2. Étape 2 : 12 000 Hz est inférieur à 14 000 Hz ; ce réglage est insuffisant.
  3. Étape 3 : 16 000 Hz est supérieur à 14 000 Hz ; il respecte le critère pour un signal convenablement limité en fréquence.

Résultat : On retient 16 000 Hz parmi ces deux réglages, avec un filtrage adapté avant conversion.

Piège à éviter : La fréquence maximale du son n’est pas la fréquence d’échantillonnage : les comparer directement oublie le facteur deux.

À toi d'essayer

Un appareil échantillonne à 10 000 Hz. Peut-il conserver fidèlement un signal comportant une composante de 6 000 Hz selon ce critère ?

Voir la réponse

Non. Il faudrait une cadence strictement supérieure à 12 000 Hz. Il faut augmenter la cadence ou filtrer les composantes trop élevées, en acceptant alors de ne pas conserver cette composante.

Augmenter fₑ produit davantage de mesures sur une même durée et permet de conserver une bande de fréquences plus large. Cela ne garantit pas qu’un auditeur percevra une amélioration pour tout signal. Si l’enregistrement ne contient aucune information utile au-delà de sa bande initiale, un réglage plus élevé augmente surtout la quantité à stocker. Le choix doit être justifié par l’usage et le contenu.

3. Décrire l’amplitude avec un nombre fini de codes

Un bit possède deux valeurs possibles. Avec n bits par échantillon, on dispose de 2ⁿ codes : 2 bits donnent 4 codes, 8 bits en donnent 256 et 16 bits en donnent 65 536. Pour une même plage d’amplitudes, davantage de codes autorisent une représentation plus fine. Le nombre de niveaux double à chaque bit supplémentaire ; il n’augmente pas simplement de deux.

Deux bits permettent quatre codes. Ici, chaque amplitude est arrondie au niveau le plus proche ; la différence verticale représente l’erreur de quantification.

Dans la figure, les niveaux autorisés sont 0, 1/3, 2/3 et 1. Une amplitude située entre deux niveaux est remplacée par le plus proche, suivant la règle d’arrondi retenue. L’écart est une erreur de quantification. À plage fixée, des niveaux plus rapprochés réduisent cette erreur maximale pour un arrondi au plus proche, tant qu’il n’y a pas de saturation.

Il faut distinguer résolution et précision réelle. Seize bits ne suppriment ni le bruit du microphone, ni un mauvais positionnement, ni une pièce réverbérante. De même, augmenter seulement fₑ ne rend pas les niveaux de quantification plus rapprochés. Les deux réglages répondent à des problèmes distincts. La relecture d’un fichier ne crée pas les informations absentes de la prise initiale.

Pour refaire expérimentalement la comparaison, on peut utiliser un son à niveau modéré et observer des copies possédant des paramètres différents. On garde la même source et la même portion temporelle, puis on compare courbe, spectre et taille. Une seule variable est modifiée à la fois ; sinon on ne sait pas quelle modification explique l’écart. Aucune activité ne nécessite d’augmenter fortement le volume d’écoute.

4. Calculer la taille d’un fichier audio

Pour une durée t en secondes, une fréquence fₑ en échantillons par seconde, une profondeur n en bits par échantillon et c canaux, la quantité de données non compressées vaut N = t × fₑ × n × c bits. Le débit binaire vaut D = fₑ × n × c bits par seconde. Le nombre de canaux vaut 1 en mono et 2 pour une stéréo à deux canaux.

Un octet contient 8 bits. Pour passer des bits aux octets, on divise donc par 8. On emploie ici la convention décimale : 1 Mo = 1 000 000 octets. Une taille affichée en Mio utilise une autre convention, fondée sur 2²⁰ octets. Une comparaison doit conserver la même unité. La formule décrit les données audio ; les en-têtes et autres métadonnées peuvent ajouter un petit volume.

Exemple résolu

Un enregistrement stéréo dure 60 s, avec 48 000 échantillons par seconde et 16 bits par échantillon sur chaque canal. Estimer la taille des données audio non compressées en Mo.

  1. Étape 1 : Calculer le débit : 48 000 × 16 × 2 = 1 536 000 bits/s.
  2. Étape 2 : Multiplier par 60 : 92 160 000 bits.
  3. Étape 3 : Diviser par 8 puis par 1 000 000 : 11 520 000 octets, soit 11,52 Mo.

Résultat : Les données audio occupent 11,52 Mo, hors en-têtes et métadonnées.

Piège à éviter : Oublier le deuxième canal divise la réponse par deux ; confondre bits et octets ajoute une erreur de facteur huit.

À toi d'essayer

Un message mono doit durer 30 s avec 16 000 échantillons par seconde. Le budget de données est 960 000 octets, sans en-tête. Quelle profondeur maximale entière respecte exactement ce budget ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Si l’on double la durée en gardant tous les réglages, la quantité de données double. Si l’on passe de mono à deux canaux, elle double également. En revanche, passer de 8 à 16 bits double la quantité stockée tout en faisant passer le nombre de codes de 256 à 65 536. L’effet sur les niveaux et l’effet sur la taille suivent deux relations différentes.

5. Réduire le volume sans confondre les pertes

Compresser consiste à coder l’information de façon plus économique. Une compression sans perte permet de reconstruire exactement les nombres initiaux. Une compression avec perte retire une partie de l’information selon un modèle, souvent lié à la sensibilité auditive et aux masquages entre sons. La fidélité perçue et l’identité numérique sont donc deux critères distincts.

Un taux de compression doit être défini avant son calcul. On utilisera le rapport r = taille compressée/taille initiale. La réduction relative vaut 1 − r ; le facteur de compression, défini dans l’autre sens, vaut taille initiale/taille compressée. Selon les documents, l’expression taux peut désigner des conventions différentes : lis toujours la définition fournie.

Exemple résolu

Un fichier de 12 Mo est remplacé par une version de 3 Mo. Calculer le rapport de taille, le pourcentage économisé et le facteur de compression.

  1. Étape 1 : Le rapport compressé sur initial vaut 3/12 = 0,25, soit 25 %.
  2. Étape 2 : La part économisée vaut (12 − 3)/12 = 0,75, soit 75 %.
  3. Étape 3 : Le facteur défini dans l’autre sens vaut 12/3 = 4.

Résultat : Le fichier conserve 25 % de la taille initiale, économise 75 % du volume et présente un facteur de compression de 4.

Piège à éviter : Dire simplement que le taux vaut quatre sans convention mélange un facteur et un pourcentage.

À toi d'essayer

Une version compressée avec perte est convertie en un très gros fichier non compressé. A-t-on retrouvé toutes les informations du premier enregistrement ? Justifie.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Les échanges audio mobilisent des appareils, des réseaux et des centres de données. Réduire les volumes peut limiter certains transferts et besoins de stockage, mais une économie de taille ne se transforme pas automatiquement en un même pourcentage d’économie d’énergie. Les équipements et les usages comptent aussi. Une comparaison sérieuse précise la durée, le débit, le nombre d’écoutes et le périmètre énergétique étudié.

Au bac — justifier un format audio

  1. Identifie la bande de fréquences utile et vérifie la cadence d’échantillonnage proposée.
  2. Calcule séparément le nombre de codes et le débit ; indique le nombre de canaux.
  3. Écris les conversions bits, octets et Mo, puis la convention du rapport de compression.
  4. Conclus sur le compromis fidélité, usage et volume ; évite de déduire une qualité d’une seule extension de fichier.

Vocabulaire

Échantillonnage :
Prélèvement du signal à une suite d’instants réguliers.
Quantification :
Remplacement d’une amplitude par un niveau autorisé.
Débit binaire :
Quantité de bits par unité de temps.
Compression avec perte :
Codage qui supprime des informations et ne permet pas une reconstruction numérique exacte.
Attention :

Erreurs fréquentes : confondre fréquence du son et cadence de mesure ; oublier les canaux ; multiplier les bits par huit pour obtenir des octets ; croire qu’un fichier agrandi retrouve les informations perdues.

Relier réglage et conséquence

RéglageConséquence principale
Cadence plus élevéePlus de mesures dans le temps
Plus de bitsDavantage de niveaux
Deux canauxDeux séries de valeurs
Compression avec perteCompromis volume et information

À retenir

  • La cadence de prélèvement discrétise le temps ; la quantification discrétise l’amplitude.
  • n bits permettent 2ⁿ codes.
  • Sans compression à longueur variable, N = t × fₑ × n × c bits pour le codage décrit.
  • Un octet contient huit bits ; une compression avec perte ne restitue pas exactement les données initiales.

Fiche de révision — Numériser le son

Décide si la question porte sur le temps ou sur les amplitudes.

Vérifie le double de la fréquence maximale avant de choisir une cadence.

Détermine les bits par seconde avant de multiplier par la durée.

Pour un volume en Mo décimaux, termine par une division par huit puis par un million.

Annonce toujours le sens du rapport utilisé pour la compression.

Questions fréquentes

Plus de bits signifie-t-il plus d’échantillons par seconde ?

Non. La profondeur et la fréquence d’échantillonnage règlent deux dimensions différentes.

Une compression est-elle toujours destructive ?

Non. Un codage sans perte permet de retrouver exactement les nombres initiaux.

Et maintenant ?

Tu as lu le cours. L’étape suivante tient en une action.

Relis le coursLes exercices de ce chapitre arrivent bientôt.

Prolonge l’expérience !

Continue à explorer ce chapitre à travers de nouvelles activités, des défis et des expériences interactives. Avec Premium, l’apprentissage continue !

Ici, tu débloques aussi 2 corrections détaillées.

Parent ? Suivez les progrès de votre enfant.

Tous les cours de Enseignement scientifique