Deuxième République et Second Empire
Étudier l’élargissement du suffrage en 1848, les tensions républicaines et la construction puis l’évolution du Second Empire.
Environ 40 minutes
- Expliquer les avancées et les limites de 1848
- Situer Lamartine, George Sand et Louis-Napoléon Bonaparte
- Distinguer suffrage, libertés et autoritarisme entre 1848 et 1870
Le vote suffit-il à définir un régime démocratique ?
Entre 1848 et 1870, le suffrage s’élargit tandis que les institutions changent et que les libertés connaissent des reculs puis des progrès. Pour comprendre cette difficile entrée dans l’âge démocratique, il faut suivre les attentes sociales, les engagements et les rapports entre les pouvoirs.
1848 : élargir les droits et refonder le régime
La révolution de février 1848 renverse la monarchie de Juillet dans un contexte de crise économique et de refus d’une réforme électorale. La proclamation de la Deuxième République fait naître des espoirs différents. Certains souhaitent avant tout les libertés et le suffrage ; d’autres demandent une transformation sociale qui protège les travailleurs et réduise la misère. Le mot république ne suffit donc pas à garantir l’accord sur les politiques à mener.
Le gouvernement provisoire établit le suffrage universel masculin en mars 1848. Le droit de vote n’est plus soumis au cens : les hommes remplissant les conditions civiques participent à l’élection des représentants. Les femmes restent exclues du vote, malgré leur présence dans les clubs, la presse et les mobilisations. Le régime élargit fortement la participation politique sans réaliser une égalité politique complète.
Le décret du 27 avril 1848 abolit l’esclavage dans les colonies françaises. Cette décision, préparée notamment par Victor Schœlcher, s’inscrit dans une histoire où les résistances des personnes réduites en esclavage et les mobilisations abolitionnistes jouent un rôle essentiel. Elle n’abolit pas toutes les inégalités des sociétés coloniales. Il faut distinguer l’émancipation juridique et les transformations sociales qui restent à accomplir.
Exemple résolu
En février 1848, Lamartine défend le drapeau tricolore face à des partisans du drapeau rouge. Explique l’enjeu de cette opposition de symboles.
- Étape 1 : On identifie le contexte : un gouvernement provisoire cherche à donner une forme et une légitimité à la nouvelle République.
- Étape 2 : Le tricolore permet à Lamartine d’inscrire le régime dans une continuité nationale issue de la Révolution française.
- Étape 3 : Le drapeau rouge est associé à une aspiration sociale plus radicale. Le désaccord révèle des attentes différentes au sein du mouvement qui vient de renverser la monarchie.
Résultat : Le débat sur le drapeau porte sur l’identité de la République et ses priorités. Lamartine cherche un symbole de rassemblement national, tandis que d’autres acteurs veulent rendre visibles les revendications sociales.
Piège à éviter : Traiter le conflit comme une simple préférence de couleur effacerait les projets politiques associés aux symboles.
La République rétablit aussi des libertés et abolit la peine de mort en matière politique. Les clubs et les journaux contribuent à une intense participation publique. Dans les campagnes, les élections font entrer de nombreux hommes dans la pratique du vote. Il ne faut pas confondre cette participation avec une adhésion unanime au programme des républicains sociaux : les électeurs possèdent des attentes et des références diverses.
À toi d'essayer
Pourquoi faut-il préciser « masculin » lorsqu’on parle du suffrage universel de 1848 ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Le terme universel signifie ici la suppression du cens pour les hommes concernés par les conditions électorales. Il ne comprend pas les femmes. Omettre le qualificatif ferait croire à une égalité électorale qui n’existe pas encore.
Des attentes sociales aux divisions républicaines
La question du travail révèle rapidement les tensions. Les Ateliers nationaux sont créés pour fournir une activité et un secours aux chômeurs parisiens. Ils ne correspondent pas à l’ensemble des projets socialistes discutés à l’époque. Pour leurs défenseurs, la République doit répondre à l’insécurité sociale ; pour leurs adversaires, ils représentent un coût et une menace politique.
La décision de fermer les Ateliers nationaux déclenche les journées de Juin 1848. L’insurrection ouvrière est violemment réprimée. Cette rupture oppose une partie des travailleurs parisiens au pouvoir républicain. Elle montre que les droits politiques ne règlent pas automatiquement les conflits sociaux. Les républicains se divisent sur la place du travail, la propriété, l’ordre et les moyens de défendre le régime.
Exemple résolu
George Sand participe aux écrits et aux débats politiques du printemps 1848, notamment par la presse. Que montre son engagement sur la place des femmes ?
- Étape 1 : On distingue l’exercice du vote et les autres formes d’action politique.
- Étape 2 : George Sand défend des idéaux républicains et sociaux par ses articles, ses relations et ses prises de position. Son activité contribue à la circulation des idées.
- Étape 3 : Elle reste exclue du suffrage et des fonctions électives ouvertes aux hommes. Son influence ne signifie donc pas une égalité institutionnelle.
Résultat : Le parcours de George Sand révèle une participation politique réelle en dehors du vote, mais aussi les limites de la citoyenneté féminine sous la Deuxième République.
Piège à éviter : Déduire de la notoriété d’une écrivaine que toutes les femmes disposent des mêmes droits que les hommes confondrait influence et statut politique.
L’engagement de Sand permet aussi de comprendre les espoirs et les déceptions de 1848. Ses textes défendent une république attentive à l’égalité sociale et cherchent à convaincre un public. Un article engagé doit être replacé dans les débats du moment. Il informe sur des objectifs et une stratégie de persuasion, sans représenter à lui seul toute l’opinion publique.
La Constitution de novembre 1848 organise deux pouvoirs issus du suffrage universel masculin : une Assemblée et un président élu directement. Louis-Napoléon Bonaparte remporte l’élection du 10 décembre. Son nom, la promesse d’ordre et l’espoir d’une amélioration sociale attirent des électeurs différents. Le résultat prouve que l’élargissement du vote ne conduit pas nécessairement au succès des républicains les plus attachés à la nouvelle République.
À toi d'essayer
Une même République est soutenue par des ouvriers demandant des garanties sociales et par des propriétaires privilégiant l’ordre. Quelle question permet d’expliquer la fragilité de cette alliance ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
De la présidence élue au pouvoir impérial
Les relations entre le président et l’Assemblée se tendent. Les conservateurs dominent les élections législatives de 1849 ; en 1850, une loi réduit le corps électoral par une condition de résidence qui exclut notamment des travailleurs mobiles. La Constitution interdit au président de solliciter immédiatement un nouveau mandat. Louis-Napoléon veut prolonger son pouvoir, tandis que l’Assemblée refuse la révision nécessaire.
Le 2 décembre 1851, il réalise un coup d’État, dissout l’Assemblée et fait arrêter des opposants. Des résistances apparaissent à Paris et en province ; elles sont réprimées. Le pouvoir rétablit le suffrage universel masculin réduit en 1850 et organise un plébiscite pour obtenir l’approbation de son action. L’appel au vote accompagne donc une rupture avec la légalité constitutionnelle.
Le Second Empire est proclamé le 2 décembre 1852. Louis-Napoléon devient Napoléon III. Le régime maintient des élections au suffrage universel masculin, mais le pouvoir exécutif domine les institutions. L’administration soutient des candidats officiels ; la presse et les réunions sont contrôlées. Les plébiscites cherchent à établir un lien direct entre le souverain et les électeurs en contournant les oppositions.
Exemple résolu
Un élève affirme : « Puisqu’il y a des élections sous le Second Empire, le régime est une démocratie libérale. » Comment évaluer cette proposition ?
- Étape 1 : On reconnaît le fait exact : le suffrage universel masculin est maintenu et des élections sont organisées.
- Étape 2 : On examine les autres critères : libertés publiques, possibilité d’opposition, équilibre des pouvoirs et conditions de compétition électorale.
- Étape 3 : Le contrôle de la presse, les candidatures officielles et la domination de l’exécutif limitent ces critères, surtout dans la première phase du régime.
- Étape 4 : On tient compte de l’évolution : le régime se libéralise progressivement à partir des années 1860.
Résultat : La présence d’élections ne suffit pas à établir une démocratie libérale. Le Second Empire combine un appui électoral et un pouvoir autoritaire, puis connaît une libéralisation réelle mais progressive.
Piège à éviter : Réduire un régime à un seul critère empêcherait de comparer la participation électorale et les libertés effectives.
Le régime s’appuie également sur le développement économique, la modernisation et une politique de puissance. Ces résultats contribuent à sa légitimité sans effacer les oppositions. Victor Hugo et Edgar Quinet connaissent l’exil ; leurs écrits contestent le pouvoir. Il faut distinguer le soutien de certains groupes, la capacité de l’État à agir et la liberté de ceux qui le critiquent.
À partir des années 1860, les pouvoirs des assemblées et les possibilités d’expression de l’opposition s’élargissent. Cette transformation conduit vers un Empire plus parlementaire en 1870. Elle n’est ni instantanée ni identique dans tous les domaines. La guerre contre la Prusse et la défaite de Sedan précipitent finalement la chute du régime ; la République est proclamée le 4 septembre 1870.
À toi d'essayer
Le chef de l’exécutif est élu directement et la Constitution lui interdit un second mandat immédiat. Un élève associe ces deux indices au Second Empire. Retrouve le régime auquel ils correspondent et justifie la correction en replaçant ses institutions dans la chronologie.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Comprendre une entrée conflictuelle dans la démocratie
Au bac : comparer participation et libertés
- Définir les critères du sujet : suffrage, souveraineté, libertés et équilibre institutionnel.
- Distinguer la Deuxième République, le coup d’État et les phases du Second Empire au lieu de traiter 1848-1870 comme un seul régime.
- Appuyer chaque argument sur des acteurs et des faits datés : Lamartine, George Sand, Louis-Napoléon, réformes de 1848, journées de Juin, coup d’État.
- Conclure sur les tensions entre légitimité électorale et libertés. Employer « suffrage universel masculin » pour préciser la portée des droits.
Erreurs fréquentes : confondre Napoléon Ier et Napoléon III, dater l’Empire de 1851 plutôt que de 1852, présenter les femmes comme électrices ou croire que tout vote garantit la liberté. Une république peut réprimer une insurrection ; un empire peut conserver le suffrage. Ces situations demandent une explication, pas une étiquette unique.
Vocabulaire
- Suffrage censitaire :
- Vote réservé selon une condition fiscale.
- Suffrage universel masculin :
- Participation électorale élargie aux hommes répondant aux conditions civiques, sans condition de cens.
- Plébiscite :
- Consultation appelant les électeurs à approuver une décision ou un pouvoir.
- Coup d’État :
- Prise ou maintien du pouvoir par une rupture avec les règles institutionnelles.
Choisir son outil
| Situation | Démarche |
|---|---|
| 1848 | Élargissement des droits et fractures sociales. |
| 1851-1852 | Rupture constitutionnelle puis restauration impériale. |
| Années 1860 | Libéralisation progressive, puis chute militaire en 1870. |
À retenir
- La Deuxième République instaure le suffrage universel masculin et abolit l’esclavage, mais exclut les femmes du vote.
- Les journées de Juin révèlent les conflits entre aspirations sociales et défense de l’ordre.
- Louis-Napoléon, élu président en 1848, rompt la légalité par le coup d’État de 1851 avant de devenir empereur en 1852.
- Le Second Empire maintient le suffrage tout en limitant les libertés, puis se libéralise avant sa chute en 1870.
Fiche de révision
Pour caractériser un régime, étudier ensemble accès au vote, libertés publiques et répartition des pouvoirs.
Lamartine éclaire la recherche d’unité ; Sand montre l’action politique hors du vote ; Bonaparte illustre la tension entre élection et pouvoir personnel.
Séparer les dates
président en 1848, coup d’État en 1851, Empire en 1852.
La libéralisation des années 1860 oblige à périodiser le régime plutôt qu’à le décrire comme immobile.
Et maintenant ?
Tu as lu le cours. L’étape suivante tient en une action.
Relis le coursLes exercices de ce chapitre arrivent bientôt.Prolonge l’expérience !
Continue à explorer ce chapitre à travers de nouvelles activités, des défis et des expériences interactives. Avec Premium, l’apprentissage continue !
Ici, tu débloques aussi 2 corrections détaillées.
Parent ? Suivez les progrès de votre enfant.
