Monnaie et création monétaire

Comment un crédit devient-il de la monnaie, et pourquoi les banques ne peuvent-elles pas en créer sans limites ?

Environ 35 minutes

  • Identifier les fonctions et formes de monnaie
  • Lire les bilans d’un crédit
  • Expliquer la transmission monétaire
Sommaire
  1. 1. Une monnaie, trois fonctions
  2. 2. Un crédit peut créer un dépôt
  3. 3. Paiement et remboursement ont des effets différents
  4. 4. Les banques ne peuvent pas créer sans limites
  5. 5. Les repères à garder

Comment un crédit devient-il de la monnaie, et pourquoi les banques ne peuvent-elles pas en créer sans limites ?

Les espèces sont visibles, mais les paiements utilisent aussi des écritures bancaires. Nous suivons un crédit, un paiement et un remboursement avant d’étudier le rôle de la banque centrale. Les montants des exemples sont fictifs ; aucun taux indiqué ne décrit une offre bancaire actuelle.

1. Une monnaie, trois fonctions

La monnaie facilite les échanges parce qu’elle est largement acceptée pour payer. Elle sert d’intermédiaire des échanges : un vendeur peut recevoir de la monnaie puis acheter autre chose, sans trouver une personne qui souhaite exactement échanger les deux biens concernés. Dans le troc, cette double coïncidence des besoins complique l’échange. L’acceptation de la monnaie repose sur la confiance dans sa valeur et dans les institutions qui organisent sa circulation.

La monnaie sert également d’unité de compte. Exprimer le prix d’un cahier et d’un repas dans la même unité permet de les comparer et de tenir une comptabilité. Enfin, elle est une réserve de valeur : un revenu reçu aujourd’hui peut être dépensé plus tard. Cette fonction n’implique pas une conservation parfaite du pouvoir d’achat. Lorsque le niveau général des prix augmente, une même somme permet d’acheter moins de biens et services.

Les pièces et les billets constituent les espèces. Les pièces sont aussi appelées monnaie divisionnaire ; on distingue souvent celle-ci de la monnaie fiduciaire au sens strict, les billets. La monnaie scripturale correspond aux sommes inscrites sur des comptes bancaires utilisables pour payer. Le support n’est pas la monnaie elle-même : une carte, un chèque ou un ordre de virement servent à transférer de la monnaie scripturale. Perdre une carte ne fait pas disparaître le solde du compte.

Il faut distinguer monnaie et richesse. Un logement représente un patrimoine, mais ne permet généralement pas de régler directement une dépense courante. Il faut le vendre ou obtenir un financement. La liquidité désigne précisément la facilité avec laquelle un actif peut être utilisé pour payer ou transformé en moyen de paiement, rapidement et sans perte importante. Tous les placements ne sont donc pas équivalents à de la monnaie immédiatement disponible.

À toi d'essayer

Une personne compare deux prix en euros, paie par virement, puis conserve une somme pour le mois prochain. Associe chaque action à une fonction de la monnaie.

Voir la réponse

Comparer les prix mobilise l’unité de compte ; régler par virement utilise la monnaie comme intermédiaire des échanges ; conserver une somme mobilise la réserve de valeur. Le virement est l’instrument qui transfère les fonds.

2. Un crédit peut créer un dépôt

Lorsqu’une banque accorde un crédit à une entreprise et inscrit la somme sur son compte, elle crée simultanément une créance et un dépôt. La créance est le droit de la banque d’être remboursée ; le dépôt est une dette de la banque envers son client, qui peut utiliser la somme pour payer. Cette opération augmente la monnaie scripturale détenue par les agents non bancaires. La banque n’a pas nécessairement retiré le même montant du compte d’un épargnant au moment de l’octroi.

Un bilan représente la situation patrimoniale à une date. L’actif indique ce qui est possédé ou les créances détenues ; le passif indique les ressources et obligations qui financent cet actif. Pour l’entreprise emprunteuse, le dépôt bancaire reçu est un actif, tandis que la dette de crédit figure au passif. Pour la banque, c’est l’inverse concernant ces relations : le prêt est un actif et le dépôt du client une dette au passif. On regarde la même opération depuis deux points de vue.

Bilan des mécanismes

NotionMécanisme
Banque : actifCréance sur l’entreprise : +10 000 euros.
Banque : passifDépôt de l’entreprise : +10 000 euros.
Entreprise : actifDépôt bancaire disponible : +10 000 euros.
Entreprise : passifDette envers la banque : +10 000 euros.

Exemple résolu

Une banque prête 10 000 euros à une entreprise et crédite son compte. Décris les variations de leurs bilans, en laissant toutes les autres opérations de côté.

  1. Étape 1 : À l’actif de la banque, ajoute une créance de 10 000 euros ; à son passif, ajoute le dépôt de même montant.
  2. Étape 2 : À l’actif de l’entreprise, ajoute 10 000 euros sur le compte ; à son passif, ajoute la dette de crédit.
  3. Étape 3 : Chaque bilan augmente de 10 000 euros des deux côtés. Le dépôt nouveau est utilisable pour payer.

Résultat : La monnaie scripturale augmente de 10 000 euros. L’entreprise reçoit un moyen de paiement, mais sa richesse nette n’augmente pas automatiquement : elle a aussi une dette.

Piège à éviter : Un dépôt est un actif pour le client et une dette pour la banque ; inverser les points de vue déséquilibre le raisonnement.

Créer de la monnaie ne signifie pas créer gratuitement des biens réels. L’entreprise doit encore acheter des équipements, travailler et vendre. La banque supporte un risque de non-remboursement. Elle examine la solvabilité de l’emprunteur, c’est-à-dire sa capacité à honorer ses engagements, et respecte des règles de gestion des risques et de fonds propres. La demande de crédit doit également exister : une banque ne peut pas imposer à tous les agents des projets qu’ils ne souhaitent pas financer.

3. Paiement et remboursement ont des effets différents

Supposons que l’entreprise utilise 6 000 euros de son crédit pour payer un fournisseur ayant un compte dans la même banque. La banque diminue le dépôt de l’entreprise de 6 000 euros et augmente celui du fournisseur de 6 000 euros. Le montant total des dépôts ne change pas : la monnaie circule. Cette distinction est essentielle. Une hausse du solde d’un compte ne prouve pas, à elle seule, une création monétaire ; il faut examiner ce qui arrive aux autres comptes.

Le paiement répartit les dépôts entre deux titulaires sans modifier leur total, dans les hypothèses de l’exemple.

Exemple résolu

Après avoir reçu un crédit de 10 000 euros, une entreprise paie 6 000 euros à un fournisseur de la même banque. Celui-ci ne détenait aucun dépôt auparavant. Quelle quantité de monnaie demeure dans ces deux comptes ?

  1. Étape 1 : Le dépôt de l’entreprise passe de 10 000 à 4 000 euros.
  2. Étape 2 : Le dépôt du fournisseur passe de zéro à 6 000 euros.
  3. Étape 3 : Le total vaut 4 000 + 6 000 = 10 000 euros.

Résultat : La monnaie a changé de détenteur. Ce paiement ne crée pas 6 000 euros supplémentaires et ne détruit pas de monnaie.

Piège à éviter : Ne compte pas le versement au fournisseur comme une création sans retirer la somme du compte du payeur.

Lorsque l’emprunteur rembourse le principal de son crédit avec de la monnaie scripturale, sa dette diminue et le dépôt utilisé pour rembourser est débité. La banque réduit simultanément sa créance et sa dette de dépôt : la monnaie correspondante est détruite. On parle ici du remboursement du capital. Les intérêts rémunèrent la banque et ne se confondent pas avec cette réduction du principal. La création et la destruction monétaires sont des opérations comptables, pas nécessairement l’impression puis le broyage de billets.

En ne retenant que ces opérations, 700 − 450 = 250 euros de monnaie supplémentaire restent en circulation.

Exemple résolu

Dans une économie simplifiée, les banques accordent 700 euros de nouveaux crédits et les clients remboursent 450 euros de principal pendant la même période. Calcule la variation monétaire liée à ces opérations.

  1. Étape 1 : Les crédits nouveaux créent 700 euros de dépôts.
  2. Étape 2 : Les remboursements du principal détruisent 450 euros de dépôts.
  3. Étape 3 : La variation nette est 700 − 450 = 250 euros.

Résultat : La monnaie augmente de 250 euros dans ce périmètre simplifié. Si les remboursements dépassaient les crédits nouveaux, la variation serait négative.

Piège à éviter : Additionner tous les crédits depuis l’origine sans retrancher les remboursements surestime la monnaie encore existante.

À toi d'essayer

Un agent retire 100 euros en billets depuis son compte. Son dépôt diminue de 100 euros et ses espèces augmentent de 100 euros. Cette seule opération augmente-t-elle la monnaie qu’il détient au total ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

4. Les banques ne peuvent pas créer sans limites

Si le fournisseur est client d’une autre banque, le paiement nécessite un règlement entre les banques. Elles utilisent pour cela la monnaie de banque centrale inscrite sur leurs comptes auprès de la banque centrale. Une banque commerciale ne peut pas créer elle-même cette monnaie centrale. Elle doit disposer de liquidités appropriées ou s’en procurer, notamment sur le marché interbancaire, où les banques se prêtent à court terme, ou auprès de la banque centrale selon les conditions applicables.

Les réserves des banques auprès de la banque centrale et les dépôts des ménages auprès des banques commerciales sont donc deux niveaux distincts. Un ménage ne paie pas normalement ses achats en transférant lui-même des réserves de banque centrale. De même, davantage de réserves bancaires ne garantit pas mécaniquement une hausse identique des crédits : celle-ci dépend des décisions des banques et des emprunteurs, de leurs contraintes et de la situation économique.

La banque centrale influence les taux d’intérêt de court terme du marché monétaire à travers ses taux directeurs et ses opérations. Ces conditions se transmettent, de façon imparfaite et avec des délais, aux taux proposés aux ménages et aux entreprises. Dans la zone euro, la politique monétaire est décidée par la Banque centrale européenne et mise en œuvre au sein de l’Eurosystème, qui associe la BCE et les banques centrales nationales des pays utilisant l’euro.

Une hausse des taux peut rendre les crédits plus coûteux et encourager certains placements. Des projets d’investissement ou de consommation financés à crédit peuvent alors être retardés. Une demande moins dynamique peut contribuer à ralentir l’augmentation des prix, tout en pesant sur l’activité. À l’inverse, des taux plus faibles peuvent faciliter le financement et soutenir la demande. Ces relations ne sont pas immédiates ni garanties : les anticipations, la confiance et l’origine des hausses de prix modifient la transmission.

À toi d'essayer

Les taux des crédits diminuent, mais des entreprises reportent leurs investissements car elles anticipent une forte baisse des ventes. Est-ce incompatible avec le rôle de la politique monétaire ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Au bac : suivre une opération jusqu’au bout

  1. Indique les agents concernés et leurs relations : dette, créance ou dépôt.
  2. Présente les variations des deux côtés du bilan, avec des montants égaux pour l’opération étudiée.
  3. Sépare l’octroi du crédit, le paiement et le remboursement du principal : leurs effets sur la monnaie diffèrent.
  4. Pour la politique monétaire, déroule taux, conditions de crédit, dépenses, activité et prix, en explicitant les délais et les limites. Ce raisonnement prépare l’analyse économique du cycle terminal.
Attention :

Erreurs fréquentes : prendre la carte bancaire pour de la monnaie ; croire qu’un paiement crée toujours un dépôt supplémentaire au total ; confondre réserves bancaires et dépôts des ménages ; annoncer qu’une baisse de l’inflation signifie nécessairement une baisse des prix. Un ralentissement de la hausse des prix est une désinflation ; une baisse durable du niveau général des prix est une déflation.

5. Les repères à garder

Vocabulaire

Monnaie scripturale :
Monnaie inscrite sur des comptes et transférable par des instruments de paiement.
Principal :
Montant du capital emprunté, distinct des intérêts.
Solvabilité :
Capacité à faire face à ses engagements financiers.
Liquidité bancaire :
Capacité d’une banque à effectuer ses paiements à l’échéance.
Marché monétaire :
Marché des financements à court terme, dont le marché interbancaire est une composante.

L’enjeu est de reconnaître ce qui change : le détenteur, la forme ou la quantité de monnaie. Dans S’entraîner, ouvre le hub Exercices du site et vérifie chaque opération avec un bilan ou une somme de dépôts.

À retenir

  • La monnaie est intermédiaire des échanges, unité de compte et réserve de valeur.
  • L’octroi d’un crédit bancaire peut créer simultanément une créance et un dépôt.
  • Un paiement entre comptes redistribue la monnaie ; le remboursement du principal peut la détruire.
  • Les banques commerciales règlent leurs paiements mutuels en monnaie centrale.
  • La politique monétaire influence les taux, les dépenses, l’activité et les prix avec des délais.

Fiche de révision

Repère comptable

prêt à l’actif de la banque, dépôt à son passif ; dépôt à l’actif du client, dette à son passif.

Question de contrôle

l’argent reçu sur un compte a-t-il été retiré d’un autre compte ?

Création nette simplifiée

crédits nouveaux moins principal remboursé ; 700 − 450 = 250 euros.

Deux niveaux

dépôts des clients dans les banques ; réserves des banques à la banque centrale.

Un taux plus bas peut favoriser un projet sans compenser une forte baisse de ses recettes attendues.

Questions fréquentes

Toute hausse des prix vient-elle automatiquement d’un nouveau crédit ?

Non. Les prix dépendent aussi des coûts, de l’offre et de la demande. La politique monétaire agit sur certains déterminants, avec des délais ; une relation mécanique entre un crédit particulier et chaque prix serait incorrecte.

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