Structure du globe
Comparer les croûtes, exploiter les ondes sismiques et distinguer les enveloppes chimiques, mécaniques et thermiques de la Terre.
Environ 35 minutes
- Identifier les principales roches
- Interpréter des indices sismiques
- Calculer et discuter un gradient thermique
Comment étudier une profondeur que nous ne pouvons pas atteindre ?
Les roches accessibles, les séismes et les mesures de chaleur fournissent des indices complémentaires. Leur confrontation permet de construire un modèle interne du globe. Il faut distinguer ce qui est observé, la propriété physique mobilisée et l’interprétation proposée.
1. Deux domaines de surface contrastés
Les altitudes terrestres ne se répartissent pas uniformément. Leur distribution présente deux grands ensembles : les surfaces continentales et les fonds océaniques. Cette répartition bimodale correspond à des différences géologiques, notamment de composition et d’épaisseur des croûtes. Un continent n’est pas simplement une portion de croûte océanique émergée, et une plaque lithosphérique peut porter à la fois un domaine continental et un domaine océanique.
La croûte océanique comprend principalement des basaltes et des gabbros, souvent recouverts de sédiments. Ces deux roches magmatiques possèdent des compositions proches mais des textures différentes. Le basalte présente de très petits cristaux et parfois du verre, associés à un refroidissement rapide. Le gabbro est entièrement cristallisé avec des cristaux visibles, liés à un refroidissement plus lent en profondeur.
La croûte continentale est hétérogène : elle comporte des roches magmatiques, métamorphiques et sédimentaires. Le granite est une roche représentative de sa composition moyenne ; cela ne signifie pas que tout continent est fait exclusivement de granite. Il contient notamment quartz, feldspaths et micas. Le manteau supérieur est principalement constitué de péridotites, riches en minéraux tels que l’olivine et les pyroxènes.
Exemple résolu
Un échantillon de roche a une masse de 270 g et occupe un volume de 100 cm³. Un second a une masse de 300 g pour le même volume. Compare leurs masses volumiques.
- Étape 1 : La masse volumique est la masse divisée par le volume : 270/100 = 2,70 g/cm³ pour le premier.
- Étape 2 : Pour le second : 300/100 = 3,00 g/cm³.
- Étape 3 : Le second est plus dense pour un même volume. La mesure doit être croisée avec la composition et la texture pour identifier la roche.
Résultat : Les masses volumiques sont 2,70 et 3,00 g/cm³. Cette seule donnée ne constitue pas une identification pétrographique certaine.
Piège à éviter : Confondre masse et masse volumique conduit à comparer des échantillons de volumes différents sans correction.
À toi d'essayer
Une roche pèse 162 g et déplace 60 cm³ d’eau. Calcule sa masse volumique. Suffit-elle pour affirmer qu’il s’agit d’un granite ?
Voir la réponseMasquer la réponse
162/60 = 2,70 g/cm³. Cette valeur est compatible avec plusieurs roches ; il faut observer les minéraux et la texture. Une valeur compatible n’est pas une preuve d’identité.
2. Les ondes sismiques sondent l’intérieur
Un séisme correspond à une libération brutale d’énergie lors de la rupture de roches soumises à des contraintes. Des ondes se propagent à partir de la région de rupture. Les stations enregistrent leurs arrivées. Les ondes P sont des ondes de compression ; les ondes S impliquent un cisaillement. Les ondes S ne se propagent pas dans un liquide, tandis que les ondes P peuvent traverser solides et liquides.
La vitesse des ondes dépend des propriétés des matériaux, notamment de leur composition et de leur comportement mécanique. À une interface, une onde peut être réfléchie ou réfractée. La réfraction modifie la direction de propagation lorsque la vitesse change. Un trajet sismique n’est donc pas nécessairement une ligne droite reliant le foyer à la station.
Les discontinuités sismiques sont repérées par des changements de vitesse ou de trajectoire. Le Moho sépare la croûte du manteau. Plus profondément, les observations permettent de distinguer manteau et noyau, puis noyau externe et noyau interne. Les zones d’ombre correspondent à des régions où certaines ondes directes ne sont pas reçues pour une géométrie donnée. Elles renseignent sur la réfraction et l’état des enveloppes, pas sur un trou vide dans la Terre.
L’absence de propagation des ondes S à travers le noyau externe, associée au comportement des ondes P, contribue à montrer que cette enveloppe est liquide. Le noyau interne est solide. Le manteau est essentiellement solide, même s’il se déforme lentement. Le modèle PREM décrit un profil de référence de propriétés internes, dont les vitesses sismiques, en fonction de la profondeur. C’est un modèle construit à partir de données, non une observation directe de chaque couche.
Exemple résolu
Dans un modèle homogène à trajet rectiligne, une onde parcourt 240 km à 6 km/s. Calcule son temps de parcours puis explique une limite de l’application au globe réel.
- Étape 1 : Utilise la relation temps = distance/vitesse : 240/6 = 40 secondes.
- Étape 2 : La distance utilisée est celle du trajet de l’onde, pas nécessairement une distance mesurée à la surface.
- Étape 3 : Dans la Terre, les vitesses et les directions varient selon les enveloppes ; une vitesse unique peut être insuffisante.
Résultat : Le temps vaut 40 secondes dans le modèle. L’estimation réelle exige de connaître ou de modéliser le trajet et les propriétés traversées.
Piège à éviter : Employer une distance de surface comme longueur du trajet sans justification fausse le calcul.
À toi d'essayer
Deux trajets de même longueur présentent des temps d’arrivée différents. Peux-tu conclure qu’ils traversent nécessairement des roches de composition différente ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
3. Composition et comportement sont deux découpages
Le découpage croûte–manteau–noyau s’appuie notamment sur la composition et les discontinuités. Le découpage lithosphère–asthénosphère s’appuie sur le comportement mécanique et thermique. La lithosphère associe la croûte et une partie du manteau supérieur : elle est relativement rigide. L’asthénosphère, située sous elle, appartient au manteau et se déforme plus facilement sur de longues durées.
Il est donc faux d’assimiler la lithosphère à la seule croûte ou l’asthénosphère à un océan de magma. Une roche solide peut se déformer très lentement sans devenir liquide. La réponse dépend de la température, de la pression et de la durée de la sollicitation. Les séismes révèlent des zones où les roches rompent ; les mouvements lents du manteau relèvent d’un autre comportement.
L’épaisseur de la lithosphère varie. La lithosphère océanique s’épaissit en refroidissant avec l’âge, et la lithosphère continentale présente également des variations selon son histoire. Il n’existe donc pas une limite unique identique partout. Les profils sismiques et les données thermiques permettent de construire une représentation adaptée à chaque contexte.
4. Une température croissante, des transferts différents
La température augmente globalement avec la profondeur, mais sa pente n’est pas constante. Le gradient géothermique est la variation de température par unité de profondeur. Dans un forage, il se calcule à partir de mesures locales. Le flux thermique, lui, mesure une énergie transférée par unité de surface et de temps. Gradient et flux sont liés aux propriétés du milieu mais ne sont pas la même grandeur.
Exemple résolu
Dans un forage, on mesure 15 °C à la surface et 105 °C à 3 km. Calcule le gradient moyen. Si on le prolongeait jusqu’à 6 371 km, quelle température obtiendrait-on et que montre ce calcul ?
- Étape 1 : Le gradient vaut (105 − 15)/3 = 30 °C/km.
- Étape 2 : Une extrapolation linéaire donnerait 15 + 30 × 6 371 = 191 145 °C.
- Étape 3 : Cette valeur ne constitue pas une mesure du centre : elle révèle l’absurdité d’un prolongement uniforme du gradient superficiel à toutes les enveloppes.
Résultat : Le gradient local est de 30 °C/km ; son extrapolation globale n’est pas valable. Les mécanismes de transfert changent avec la profondeur.
Piège à éviter : Présenter 191 145 °C comme une température réelle confond résultat d’une hypothèse et connaissance du globe.
La conduction transfère de la chaleur sans déplacement macroscopique de matière. La convection associe un transport de chaleur à des déplacements de matière. Dans le manteau, ces déplacements sont extrêmement lents à l’échelle humaine, mais efficaces sur les durées géologiques. Une convection dans un solide déformable est possible : le mot convection n’impose pas un manteau entièrement liquide.
La tomographie sismique compare les vitesses observées à un modèle de référence. Des anomalies relativement rapides sont souvent interprétées comme des régions plus froides ; des anomalies lentes peuvent correspondre à des régions plus chaudes. L’interprétation dépend aussi d’autres paramètres. Les cartes représentent des écarts souvent modestes à la référence, pas des températures directement mesurées.
À toi d'essayer
Un schéma colore en rouge une anomalie sismique lente. Pourquoi ne suffit-il pas pour affirmer qu’il s’agit d’une poche de magma ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
5. Construire un modèle à partir d’indices
Au bac : croiser les données sur le globe
- Identifie la nature de chaque information : roche observée, arrivée d’onde, profil de vitesse ou mesure de température.
- Relie le contraste observé à une propriété physique, puis précise les autres explications possibles.
- Combine les indices pour proposer une enveloppe ou un comportement ; distingue la limite de composition de la limite mécanique.
- Vérifie les unités et la portée des extrapolations. Un modèle local n’est pas automatiquement valable jusqu’au centre.
Vocabulaire
- Discontinuité :
- Limite marquée par un changement de propriétés dans le globe.
- Lithosphère :
- Enveloppe rigide associant croûte et manteau supérieur superficiel.
- Asthénosphère :
- Partie du manteau sous la lithosphère, plus facilement déformable à long terme.
- Convection :
- Transfert thermique associé au déplacement de matière.
Comparer pour comprendre
| Découpage | Critère essentiel |
|---|---|
| Croûte, manteau, noyau | Composition et propriétés internes |
| Lithosphère, asthénosphère | Comportement mécanique et thermique |
| Solide ou liquide | État physique, distinct de la lente déformabilité |
La mobilité des plaques s’appuie sur cette structure. Pour t’entraîner, utilise les activités de lecture de profils et de calculs de la rubrique S’entraîner.
À retenir
- Le manteau est essentiellement solide ; le noyau externe est liquide.
- La lithosphère comprend la croûte et une partie du manteau supérieur.
- Le gradient géothermique varie selon les enveloppes et les mécanismes de transfert.
Fiche de révision
Roches
comparer texture, minéraux et masse volumique, jamais un seul indice isolé.
Ondes
vitesse et trajet renseignent sur les propriétés des matériaux traversés.
Chaleur
calculer un gradient local puis vérifier avant toute extrapolation.
Questions fréquentes
L’asthénosphère est-elle liquide ?
Non. Elle est essentiellement solide mais peut se déformer lentement. Une fusion partielle locale ne transforme pas l’ensemble du manteau en océan de magma.
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