Installer la Troisième République
La Troisième République
Environ 35 minutes
- Expliquer les étapes de 1870 à 1879
- Relier école, symboles et libertés
- Étudier des oppositions au régime
- Identifier les limites du suffrage et de l’égalité
Comment une République née dans la défaite devient-elle un régime durable avant 1914 ?
Le 4 septembre 1870, la République est proclamée après la capture de Napoléon III. Cette naissance ne garantit pourtant ni sa survie ni l’accord des Français sur ses institutions. La guerre continue, une majorité monarchiste est élue et Paris connaît l’expérience de la Commune. L’installation républicaine résulte ensuite de lois, de victoires électorales et d’un travail d’enracinement dans la société. Elle rencontre de fortes oppositions et laisse les femmes à l’écart du suffrage. Il faut comprendre ce processus sans confondre la proclamation d’un régime, sa consolidation institutionnelle et sa diffusion dans la vie quotidienne.
Une naissance marquée par les conflits
La défaite face à la Prusse provoque la chute du Second Empire, mais les dirigeants républicains poursuivent la guerre. Après l’armistice de janvier 1871, des élections donnent une majorité à des élus favorables à la paix, dont beaucoup sont monarchistes. Adolphe Thiers devient chef du pouvoir exécutif. La République existe donc dans un pays dont les représentants ne souhaitent pas tous la conserver. Les désaccords entre monarchistes sur la restauration, ainsi que les choix électoraux des années suivantes, contribuent à maintenir cette solution initialement incertaine.
En mars 1871, la Commune de Paris se forme dans un contexte de défaite, de tensions sociales et de méfiance envers le gouvernement installé à Versailles. Les communards défendent des projets différents : autonomie de Paris, démocratie plus directe, transformations sociales et mesures laïques. Il ne s’agit pas d’un mouvement parfaitement homogène. Le conflit avec le gouvernement débouche sur une guerre civile. En mai, la Semaine sanglante marque l’écrasement de la Commune et une violente répression, suivie de condamnations et de déportations.
Louise Michel participe à la Commune et devient une figure de son engagement social et politique. Son action montre que les femmes interviennent dans la vie publique même lorsqu’elles sont exclues du vote. Condamnée puis déportée en Nouvelle-Calédonie, elle incarne également la mémoire de la répression. Son parcours ne résume pas toutes les positions communardes. Étudier une personne permet d’approcher des choix et une expérience, à condition de ne pas présenter cette trajectoire singulière comme celle de tout un groupe.
Vocabulaire
- République :
- Régime dans lequel le pouvoir n’est pas transmis comme la propriété héréditaire d’une dynastie.
- Régime parlementaire :
- Régime où le gouvernement dépend politiquement du soutien du Parlement.
- Laïcité :
- Principe d’indépendance de l’État à l’égard des religions et de garantie de la liberté de conscience.
- Antisémitisme :
- Hostilité et discriminations dirigées contre les Juifs.
Stabiliser les institutions
En 1875, plusieurs lois constitutionnelles organisent la République. Elles répartissent les pouvoirs entre un président, un gouvernement et deux assemblées, la Chambre des députés et le Sénat. La Chambre est élue au suffrage universel masculin. Le président est élu par les parlementaires, et non par l’ensemble des citoyens. Le gouvernement doit pouvoir compter sur la confiance parlementaire. Le texte issu d’un compromis ne rend pas immédiatement évident l’équilibre réel entre le président et les assemblées.
La crise de 1877 oppose le président Mac-Mahon à une Chambre majoritairement républicaine. Après la dissolution, les élections confirment la victoire des républicains. Le président doit finalement tenir compte de ce résultat. En 1879, son départ puis l’élection de Jules Grévy marquent une nouvelle étape de l’affirmation parlementaire. Il faut distinguer la règle écrite et la pratique : les institutions prévoient différents pouvoirs, mais l’usage politique renforce la prééminence des assemblées et limite l’intervention personnelle du président.
Exemple résolu
Pourquoi ne faut-il pas écrire que la Troisième République est définitivement acceptée le 4 septembre 1870 ?
- Étape 1 : Identifie le contexte : la proclamation suit une défaite militaire.
- Étape 2 : Observe les oppositions : les monarchistes sont nombreux parmi les élus de 1871 et le conflit de la Commune divise le pays.
- Étape 3 : Distingue la naissance du régime des lois constitutionnelles adoptées en 1875.
- Étape 4 : Ajoute que la crise de 1877 doit encore départager plusieurs lectures des institutions.
Résultat : La proclamation ouvre une période républicaine dont l’avenir reste incertain. Sa consolidation résulte de compromis institutionnels, de conflits et de victoires électorales.
Piège à éviter : Lire les événements de 1870 à partir de la longue durée ultérieure du régime fait croire à une stabilité qui n’existe pas encore.
À toi d'essayer
La Chambre est républicaine, mais le président souhaite un gouvernement différent. Quel enjeu institutionnel cette situation permet-elle d’étudier ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Elle permet d’étudier la répartition effective du pouvoir et la responsabilité du gouvernement devant les assemblées. La crise de 1877 contribue à affirmer que les résultats électoraux et la majorité parlementaire doivent être respectés.
Faire vivre la République dans la nation
Les républicains développent les libertés publiques : liberté de la presse et de réunion en 1881, légalisation des syndicats en 1884, liberté d’association avec la loi de 1901. Ces droits donnent davantage de moyens à la discussion politique, à l’organisation collective et à la contestation. Leur exercice reste encadré par des lois et ne supprime ni les rapports de force ni les discriminations. Une démocratie repose sur des libertés, mais aussi sur les conditions concrètes dans lesquelles les habitants peuvent les utiliser.
L’école constitue un instrument central de l’enracinement républicain. Les lois Ferry rendent l’enseignement primaire public gratuit en 1881, puis l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïque en 1882. L’instruction obligatoire ne signifie pas que tous les enfants sont obligés de fréquenter exclusivement une école publique. Les instituteurs transmettent des connaissances, l’usage du français et une culture civique. L’école participe à la construction d’une appartenance nationale ; elle porte aussi les hiérarchies et les représentations de son époque.
Les symboles et les cérémonies rendent la République visible. Marianne, le drapeau tricolore, La Marseillaise et la fête nationale du 14 juillet contribuent à associer la nation au régime. Les funérailles nationales de Victor Hugo en 1885 illustrent cette mise en scène. La République célèbre un écrivain reconnu, adversaire de Napoléon III, et l’inscrit dans une mémoire collective au Panthéon. Cet événement montre le lien entre culture, foule et politique, sans prouver que tous les Français adhèrent au même récit national.
L’enracinement demeure incomplet. Les femmes travaillent, militent, écrivent, enseignent et participent aux débats, mais elles n’obtiennent pas le droit de vote sous la Troisième République avant 1914. Les arguments qui justifient cette exclusion révèlent les limites d’un suffrage qualifié d’universel alors qu’il est masculin. Dans l’empire colonial, les droits sont également profondément inégaux selon les statuts. Le projet d’égalité proclamé doit ainsi être confronté aux groupes qui en sont exclus.
Exemple résolu
Explique ce qu’apportent les funérailles de Victor Hugo à l’étude de l’enracinement républicain.
- Étape 1 : Situe l’événement en 1885, après la consolidation des républicains dans les institutions.
- Étape 2 : Identifie le personnage célébré : un écrivain et un opposant à l’Empire.
- Étape 3 : Relie la cérémonie et le Panthéon à la création d’une mémoire nationale.
- Étape 4 : Limite la conclusion : la participation à une cérémonie ne mesure pas à elle seule l’adhésion de toute la population.
Résultat : La célébration de Hugo associe un héritage littéraire et politique à la République. Elle montre comment le régime se donne des références communes et occupe l’espace public.
Piège à éviter : Assimiler une foule à la totalité de la nation transforme un exemple de mobilisation en preuve d’unanimité.
À toi d'essayer
Une école privée continue d’exister après les lois Ferry. Est-ce incompatible avec l’instruction obligatoire ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Affronter les crises et les oppositions
Des monarchistes, des bonapartistes et des nationalistes contestent le régime parlementaire. Le boulangisme, à la fin des années 1880, rassemble des oppositions diverses autour du général Boulanger et de l’espoir d’un pouvoir plus fort. D’autres courants révolutionnaires dénoncent l’ordre social et jugent la République insuffisamment égalitaire. Le régime doit donc se défendre sur plusieurs fronts, tout en restant fidèle aux libertés qu’il affirme. Les crises ne signifient pas toutes qu’un renversement est imminent, mais elles rendent visibles ses fragilités.
L’affaire Dreyfus révèle de graves tensions. Le capitaine Alfred Dreyfus est condamné en 1894 pour trahison, à tort, dans un contexte d’antisémitisme. La mise en évidence de l’erreur judiciaire divise la société. Les dreyfusards défendent la vérité, les droits de l’individu et la révision du procès ; leurs adversaires invoquent notamment le prestige de l’armée et développent souvent un nationalisme antisémite. L’intervention d’Émile Zola en 1898 contribue à rendre l’affaire centrale dans le débat public. La réhabilitation de Dreyfus intervient en 1906.
La question religieuse provoque aussi des conflits. La loi de 1905 sépare les Églises et l’État : elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes dans le cadre de l’ordre public, tout en mettant fin au système concordataire pour les territoires où elle s’applique. Les inventaires des biens religieux suscitent des résistances. La laïcité n’est donc pas l’interdiction de croire : elle redéfinit les relations entre institutions publiques et organisations religieuses. Il faut tenir compte des différences territoriales et éviter de présenter la mise en œuvre comme immédiatement consensuelle.
Exemple résolu
Un élève écrit que la laïcité adoptée en 1905 interdit les religions. Corrige cette affirmation avec une explication.
- Étape 1 : Distingue la séparation institutionnelle et les convictions individuelles.
- Étape 2 : Rappelle la garantie de la liberté de conscience et de l’exercice des cultes sous réserve de l’ordre public.
- Étape 3 : Explique que l’État et les organisations religieuses ne sont plus liés selon le même régime juridique.
- Étape 4 : Ajoute que les conflits de mise en œuvre ne changent pas la définition du principe.
Résultat : La loi organise l’indépendance de l’État à l’égard des religions tout en garantissant des libertés. Elle ne supprime pas la possibilité de croire ni de pratiquer.
Piège à éviter : Confondre neutralité de l’État et interdiction des convictions individuelles conduit à un contresens.
Source à lire : Parlement français, loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, article premier. Extrait : « La République assure la liberté de conscience. »
À toi d'essayer
Une personne cite cet article pour soutenir que toutes les croyances doivent disparaître en 1905. Relève le contresens et indique pourquoi une loi ne suffit pas non plus à décrire les pratiques de toute la population.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Au bac : montrer un enracinement
Au bac : expliquer un processus politique
- Commence par distinguer trois opérations : proclamer le régime, organiser ses pouvoirs, diffuser ses valeurs et ses pratiques.
- Construis une réponse par mécanismes : lois constitutionnelles, victoires électorales, libertés publiques, école et symboles.
- Associe chaque argument à un fait daté. Un catalogue de dates sans explication ne répond pas au sujet.
- Consacre un passage aux oppositions et aux exclusions. Elles permettent de mesurer les limites de l’enracinement.
- Conclus avec une formulation située : avant 1914, la République est consolidée mais reste traversée de tensions et d’inégalités.
Erreurs fréquentes : attribuer toutes les lois républicaines à une seule année ; affirmer que les femmes votent parce que le suffrage est universel ; confondre instruction obligatoire et école publique obligatoire ; présenter l’affaire Dreyfus comme une simple querelle personnelle. Pour vérifier ta réponse, demande-toi toujours quel droit est reconnu, à qui, par quel texte et dans quel contexte.
Consolidation et limites
| Repère | Interprétation |
|---|---|
| Institutions | 1875 organise un compromis ; 1877 et 1879 renforcent la pratique parlementaire. |
| Société | École, libertés et cérémonies donnent des repères communs. |
| Tensions | Commune, antisémitisme, conflits religieux et exclusion politique des femmes limitent l’unité. |
À retenir
- L’installation de la République est progressive et conflictuelle.
- Les institutions de 1875 et les victoires électorales consolident un régime parlementaire.
- L’école, les libertés et les symboles participent à l’enracinement.
- Les oppositions et les exclusions persistent malgré l’affirmation des principes républicains.
Fiche de révision
Raconte le processus avec trois verbes
naître dans la défaite, se stabiliser par les institutions, s’enraciner par les pratiques.
Place Louise Michel du côté de la Commune, Victor Hugo dans la mémoire nationale et Dreyfus dans le combat pour la justice.
Teste ta précision
peux-tu expliquer ce que change 1905 sans écrire que les religions disparaissent ?
Questions fréquentes
Pourquoi parler d’un enracinement plutôt que d’une installation instantanée ?
Les institutions, les habitudes électorales et l’adhésion aux valeurs se construisent sur plusieurs décennies. La proclamation de 1870 ne règle ni les conflits politiques ni les divisions sociales.
Et maintenant ?
Tu as lu le cours. L’étape suivante tient en une action.
Relis le coursLes exercices de ce chapitre arrivent bientôt.Prolonge l’expérience !
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