Indépendance et répétition
Justifier l’indépendance et calculer des probabilités dans de courtes répétitions d’épreuves de Bernoulli.
Environ 45 minutes
- Justifier une indépendance.
- Représenter jusqu’à quatre épreuves de Bernoulli.
- Calculer une probabilité par chemins ou complément.
Si une épreuve a été réussie une première fois, la suivante devient-elle plus facile à réussir ?
La réponse dépend du modèle. Lorsque les épreuves sont indépendantes, connaître le premier résultat ne change pas la probabilité du suivant. Cette hypothèse permet de calculer les probabilités de courtes suites de succès et d’échecs. Nous allons d’abord distinguer indépendance et incompatibilité, puis représenter la répétition d’épreuves de Bernoulli par un arbre. Les probabilités de réussite données ici appartiennent à des situations fictives.
1. Une propriété précise entre deux événements
Deux événements A et B sont indépendants lorsque P(A ∩ B) = P(A) × P(B). Si P(A) est positive, cela équivaut à P_A(B) = P(B). L’information A ne modifie donc pas la probabilité de B. Cette définition ne dit pas que les événements sont séparés dans le temps ou qu’ils semblent sans rapport. Elle impose une égalité entre des probabilités.
Considérons un tableau fictif de cent cartes : cinquante sont rouges et quarante portent une étoile. Si vingt sont à la fois rouges et étoilées, alors P(R ∩ E) = 0,20 et P(R)P(E) = 0,50 × 0,40 = 0,20. Les événements sont indépendants dans le modèle où chaque carte a la même probabilité d’être choisie. Parmi les cartes rouges, la proportion d’étoiles vaut aussi 20/50 = 0,40.
Exemple résolu
Dans un jeu fictif, P(A) = 0,4, P(B) = 0,3 et P(A ∩ B) = 0,12. Justifier l’indépendance, puis calculer P_A(non B).
- Étape 1 : Calculer le produit des probabilités simples : 0,4 × 0,3 = 0,12.
- Étape 2 : Comparer avec l’intersection donnée : les deux valeurs sont égales.
- Étape 3 : Conclure que A et B sont indépendants ; donc P_A(B) = 0,3.
- Étape 4 : Au sein de A, B et non B sont complémentaires : P_A(non B) = 1 − 0,3 = 0,7.
Résultat : A et B sont indépendants et P_A(non B) vaut 0,7.
Piège à éviter : Déclarer l’indépendance parce que les probabilités sont différentes ne vérifierait pas la définition.
À toi d'essayer
Deux événements de probabilités 0,5 et 0,2 sont incompatibles. Peuvent-ils être indépendants ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non. Leur intersection est impossible et sa probabilité vaut zéro. Le produit 0,5 × 0,2 vaut 0,1, donc l’égalité caractérisant l’indépendance n’est pas satisfaite. Des événements incompatibles de probabilités positives sont dépendants.
Incompatibles signifie ne pas pouvoir se réaliser ensemble. Indépendants signifie que savoir l’un réalisé ne change pas la probabilité de l’autre. Ces deux notions répondent à des questions différentes. Pour deux événements de probabilités positives, l’incompatibilité entraîne au contraire une modification radicale : si l’un se réalise, l’autre devient impossible.
2. Définir une épreuve et annoncer ses hypothèses
Une épreuve de Bernoulli possède deux issues nommées succès S et échec non S. Le succès n’est pas nécessairement un résultat souhaitable ; c’est seulement l’issue que l’on choisit de suivre. On note p sa probabilité et 1 − p celle de l’échec. Pour une épreuve où le succès a une probabilité de 0,3, l’échec a une probabilité de 0,7.
Répéter des épreuves identiques et indépendantes impose deux conditions. Identiques signifie que la probabilité de succès reste la même. Indépendantes signifie que les résultats déjà obtenus ne changent pas les probabilités des épreuves suivantes. Un entraînement qui améliore les performances peut invalider la première condition. Un prélèvement sans remise dans un petit ensemble peut invalider la seconde.
L’arbre comporte quatre chemins : SS, S puis non S, non S puis S, et deux échecs. Leurs probabilités valent respectivement 0,09 ; 0,21 ; 0,21 ; 0,49. Chaque produit correspond à un chemin complet. La somme vaut un, ce qui contrôle que tous les résultats ordonnés ont été pris en compte. Les chemins mixtes sont distincts même s’ils comportent le même nombre de succès.
Exemple résolu
On répète deux fois une épreuve avec p = 0,3, de façon indépendante. Quelle est la probabilité d’obtenir exactement un succès ?
- Étape 1 : Les chemins favorables sont succès puis échec et échec puis succès.
- Étape 2 : Le premier chemin a pour probabilité 0,3 × 0,7 = 0,21.
- Étape 3 : Le second a pour probabilité 0,7 × 0,3 = 0,21.
- Étape 4 : Les chemins sont incompatibles : additionner 0,21 + 0,21.
Résultat : La probabilité d’exactement un succès vaut 0,42, soit 42 %.
Piège à éviter : Calculer seulement 0,3 × 0,7 oublierait l’autre ordre possible.
À toi d'essayer
Deux épreuves indépendantes ont une probabilité de succès égale à 0,4. Quel est le risque d’échouer les deux fois ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
3. Distinguer un chemin et un nombre de succès
Notons X le nombre de succès dans deux épreuves. X peut valoir zéro, un ou deux. L’événement X = 1 rassemble deux chemins de l’arbre, tandis que X = 0 et X = 2 n’en rassemblent chacun qu’un. La probabilité d’un nombre de succès ne se réduit donc pas toujours à un seul produit. Il faut identifier toutes les positions possibles des succès.
Pour trois épreuves, l’arbre comporte huit chemins, car chaque issue se prolonge par deux nouvelles branches. Pour exactement un succès, les chemins sont SNN, NSN et NNS, en écrivant N pour l’échec. Chacun a une probabilité p(1 − p)². Leur somme vaut trois fois ce produit. Ce facteur trois vient du comptage des chemins ; il ne doit pas être ajouté sans justification.
Pour quatre épreuves, on peut encore construire un arbre complet ou lister les chemins favorables. Exactement deux succès correspondent aux six placements SSNN, SNSN, SNNS, NSSN, NSNS et NNSS. Chacun porte le même produit p²(1 − p)² si les hypothèses sont satisfaites. La liste permet de contrôler qu’aucun ordre n’a été compté deux fois.
Exemple résolu
Trois essais indépendants ont chacun une probabilité de succès de 0,3. Calculer la probabilité d’au moins un succès, puis celle d’exactement un succès.
- Étape 1 : Au moins un succès a pour événement contraire aucun succès.
- Étape 2 : Trois échecs ont une probabilité de 0,7³ = 0,343 ; le complément vaut 1 − 0,343 = 0,657.
- Étape 3 : Exactement un succès correspond à trois chemins, chacun de probabilité 0,3 × 0,7² = 0,147.
- Étape 4 : Additionner ces trois probabilités : 3 × 0,147 = 0,441.
Résultat : Au moins un succès a une probabilité de 65,7 %, tandis qu’exactement un succès a une probabilité de 44,1 %.
Piège à éviter : Confondre au moins un et exactement un oublierait les résultats comportant plusieurs succès.
4. Une répétition réelle doit justifier son modèle
Une série d’échecs n’augmente pas automatiquement les chances de succès du prochain essai. Dans le modèle indépendant, la probabilité du prochain succès reste p, quelle que soit la succession passée. Cela ne signifie pas que le passé soit inutile dans toute situation réelle. Il peut révéler que le dispositif a changé ou que l’hypothèse initiale était mauvaise. Il faut alors revoir le modèle plutôt que modifier silencieusement une branche.
Tirer une boule, la remettre et mélanger avant le tirage suivant permet de proposer un modèle de répétition à composition constante. Sans remise, la composition évolue. Dans une urne contenant une boule rouge et une bleue, obtenir une rouge au premier tirage rend impossible une rouge au second si l’on n’a pas remis la boule. L’information sur le premier résultat modifie donc le second.
À toi d'essayer
Transfert : dans un modèle à deux essais, on sait seulement que chaque essai a une probabilité de succès égale à 0,5. Un élève en déduit que les essais sont indépendants. Cette information suffit-elle ? Construis un contre-exemple.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Une simulation peut illustrer la répétition de nombreuses séries, sans prouver à elle seule l’indépendance du phénomène réel. Pour simuler deux essais de paramètre 0,3, on peut comparer deux nombres aléatoires uniformes indépendants à 0,3 et compter les succès. Sur beaucoup de séries, les fréquences se rapprochent souvent des probabilités, tout en fluctuant. Une fréquence observée sur cent séries n’est pas tenue d’être exactement égale à sa valeur théorique.
5. Au bac : calculer sans oublier les ordres
Au bac : traiter une courte répétition de Bernoulli
- Définir le succès et sa probabilité p, puis vérifier les hypothèses identiques et indépendantes.
- Représenter les branches jusqu’au nombre d’épreuves demandé, au plus quatre dans les situations étudiées ici.
- Traduire exactement l’événement : un ordre imposé, exactement k succès ou au moins un succès.
- Multiplier les poids de chaque chemin favorable puis additionner les chemins incompatibles.
- Si l’événement contraire est plus simple, calculer sa probabilité et soustraire à un.
Vocabulaire
- Indépendance :
- Propriété P(A ∩ B) = P(A)P(B).
- Bernoulli :
- Épreuve à deux issues, succès et échec.
- Chemin :
- Suite ordonnée d’issues dans un arbre.
- Événement contraire :
- Ensemble des issues où l’événement étudié ne se réalise pas.
Erreurs fréquentes : confondre indépendant et incompatible ; garder les mêmes poids sans remise ; oublier un ordre ; calculer au moins un par n × p ; croire qu’un succès devient dû après plusieurs échecs.
Bilan
| Repère | Ce qu’il permet de comprendre |
|---|---|
| Hypothèse | Les probabilités restent les mêmes après toute histoire passée. |
| Chemin | Un ordre précis donne un produit. |
| Nombre de succès | Plusieurs chemins peuvent contribuer au même résultat. |
| Complément | Aucun succès est souvent plus simple qu’au moins un. |
À retenir
- L’indépendance se vérifie par une égalité de probabilités.
- Une épreuve de Bernoulli a deux issues de probabilités p et 1 − p.
- Une probabilité de répétition exige de compter tous les chemins favorables.
- Le contraire d’au moins un succès est aucun succès.
Fiche de révision
Réflexe de calcul
précise si l’ordre est imposé ou si seul le nombre de succès compte.
Pour n essais indépendants, aucun succès a pour probabilité (1 − p)ⁿ ; au moins un a pour probabilité 1 − (1 − p)ⁿ.
Avant de multiplier, demande ce qui change après le premier résultat. Un changement de composition ou de dispositif peut invalider le modèle.
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