Définir une suite
Comment décrire une quantité qui change étape après étape ?
Environ 35 minutes
- Distinguer un terme et son rang
- Calculer avec une formule explicite ou une récurrence
- Traduire une situation en suite
- Produire les premiers termes et tester une conjecture
Comment décrire une quantité qui change étape après étape ?
Un nombre de carreaux, une somme déposée chaque année ou le résultat répété d’une opération forment des listes ordonnées de nombres. Une suite permet de décrire précisément ces listes. Il faut préciser les rangs, la première valeur et la règle de calcul. Tu vas distinguer une formule directe d’une relation reliant deux termes successifs, puis passer d’un motif géométrique à une écriture mathématique.
1. Une fonction définie sur des entiers
Une suite numérique associe un nombre réel à chaque entier naturel de son ensemble de définition. On peut noter u(n) l’image de l’entier n, puis écrire uₙ. Les deux notations désignent le même terme. La suite entière se note (uₙ), avec des parenthèses, tandis que uₙ désigne une seule valeur. La lettre n est appelée rang ou indice.
Une suite peut commencer au rang 0, au rang 1 ou à un autre rang précisé. Si le premier terme est u₀, le cinquième terme est u₄. Si le premier terme est u₁, le cinquième terme est u₅. Le nombre de termes de uₚ à uₙ inclus vaut n − p + 1. Le décalage entre rang et position doit être réglé avant tout calcul ou toute programmation.
La notation uₙ₊₁ désigne le terme au rang n + 1. Elle se distingue de uₙ + 1, qui ajoute le nombre un à la valeur du terme de rang n. Les deux expressions peuvent donner des résultats différents. Pour la suite uₙ = n², on a u₃ = 9 et u₃ + 1 = 10, alors que u₄ = 16. Les indices ne sont donc pas de simples décorations.
Vocabulaire
- Terme :
- Valeur de la suite à un rang donné.
- Rang :
- Entier indiquant quel terme est considéré.
- Formule explicite :
- Expression permettant de calculer uₙ directement à partir de n.
- Relation de récurrence :
- Règle donnant un terme à partir d’un ou plusieurs termes précédents.
- Condition initiale :
- Valeur de départ nécessaire pour lancer le calcul par récurrence.
À toi d'essayer
Une suite commence au rang 2. Quel est le rang de son quatrième terme ? Combien de termes compte-t-on de u₂ à u₈ inclus ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Les rangs des quatre premiers termes sont 2, 3, 4 et 5 : le quatrième est u₅. De u₂ à u₈ inclus, on compte 8 − 2 + 1 = 7 termes.
2. Calculer avec une formule explicite
Une formule explicite donne directement le terme demandé. Pour uₙ = n² + 1, il suffit de remplacer n par le rang. Pour calculer u₄, on écrit 4² + 1 = 17. Il n’est pas nécessaire de connaître u₀, u₁, u₂ et u₃ auparavant. Cette possibilité de sauter directement à un rang élevé distingue la formule explicite du calcul pas à pas.
La représentation d’une suite comporte des points d’abscisses entières. Les espaces laissés entre les points rappellent que le rang 2,5 n’est pas un rang de cette suite. Une fonction définie sur les réels peut avoir la même expression n² + 1 remplacée par x² + 1, mais son domaine est différent. Relier automatiquement tous les points introduirait une information qui ne fait pas partie de la définition discrète.
Exemple résolu
La suite u est définie par uₙ = 3n² − 2n + 1 pour n entier naturel. Calculer u₀, u₁ et u₄.
- Étape 1 : Remplacer n par 0 : u₀ = 3 × 0² − 2 × 0 + 1 = 1.
- Étape 2 : Remplacer n par 1 : u₁ = 3 − 2 + 1 = 2.
- Étape 3 : Pour n = 4, respecter les priorités : u₄ = 3 × 16 − 8 + 1 = 41.
Résultat : Les termes demandés sont u₀ = 1, u₁ = 2 et u₄ = 41.
Piège à éviter : Écrire 3n² comme (3n)² multiplie à tort le carré par 9 au lieu de 3.
Pour exprimer le terme suivant, on remplace n par n + 1 partout dans la formule. Ici uₙ₊₁ = 3(n + 1)² − 2(n + 1) + 1. Après développement, cela donne 3n² + 4n + 2. On peut alors comparer uₙ₊₁ et uₙ. Cette opération algébrique est souvent utile pour étudier le sens de variation, même si la suite est présentée sans relation de récurrence.
Un tableau organise les rangs sur une ligne et les termes sur une autre. Les deux lignes ne jouent pas le même rôle : la première contient les entrées autorisées, la seconde les résultats du calcul. Avant d’interpréter un tableau, vérifie toujours s’il commence à zéro ou à un et si le pas entre les rangs est bien égal à un.
3. Calculer de proche en proche
Une définition par récurrence précise une ou plusieurs valeurs initiales et une règle de passage. Par exemple, v₀ = 1 et vₙ₊₁ = 2vₙ + 1 pour tout entier n ≥ 0. Le terme suivant se calcule en doublant le terme actuel puis en ajoutant un. On obtient v₁ = 3, v₂ = 7, v₃ = 15. Le premier terme est indispensable : avec un départ différent, la même règle construit une autre suite.
La figure présente les cinq premières valeurs de cette suite. Chaque calcul utilise le résultat précédent. Pour obtenir v₄, il faut donc disposer de v₃, ou trouver séparément une formule explicite. Remplacer vₙ par n dans la relation serait une erreur : n est un rang, tandis que vₙ est le nombre actuellement obtenu. Au rang 2, on double la valeur 7, et non l’indice 2.
Exemple résolu
Une réserve contient initialement 50 litres. À chaque étape, on conserve 80 % du volume présent puis on ajoute 6 litres. Définir la suite V et calculer ses trois premières valeurs.
- Étape 1 : Choisir Vₙ comme le volume après n étapes. Le départ correspond à V₀ = 50.
- Étape 2 : Conserver 80 % revient à multiplier par 0,8. L’ajout se fait ensuite : Vₙ₊₁ = 0,8Vₙ + 6.
- Étape 3 : Calculer V₁ = 0,8 × 50 + 6 = 46, puis V₂ = 0,8 × 46 + 6 = 42,8.
Résultat : Les trois premières valeurs sont 50 litres, 46 litres et 42,8 litres.
Piège à éviter : Multiplier par 0,8 après l’ajout donnerait une autre opération, donc une autre suite.
Un algorithme de calcul suit la même logique. On place la valeur initiale dans une variable. On répète ensuite la mise à jour autant de fois que le rang demandé l’exige. Si le départ est u₀, il faut n mises à jour pour obtenir uₙ. Pour conserver toute la liste, on enregistre d’abord le terme initial, puis chacun des résultats successifs, sans oublier de mettre à jour la valeur utilisée.
À toi d'essayer
Une suite vérifie w₀ = 2 et wₙ₊₁ = wₙ² − 1. Calcule w₁, w₂ et w₃.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
4. Définir, conjecturer et justifier
Un motif géométrique peut fournir une définition sans formule donnée au départ. Il faut choisir ce que n compte, examiner la construction du motif suivant et éviter de se fier à une photographie isolée. Une même quantité peut parfois s’exprimer directement en fonction du rang ou comme une variation par rapport au motif précédent. Les deux écritures doivent décrire les mêmes objets avec la même convention de départ.
Exemple résolu
Au rang n ≥ 1, un motif est constitué d’un carré de n carreaux sur n, auquel on ajoute une colonne extérieure de n carreaux. Définir le nombre cₙ de carreaux, puis exprimer son accroissement.
- Étape 1 : Le carré contient n² carreaux et la colonne extérieure en ajoute n sans recouvrement : cₙ = n² + n.
- Étape 2 : Le motif suivant contient cₙ₊₁ = (n + 1)² + (n + 1) = n² + 3n + 2.
- Étape 3 : Soustraire : cₙ₊₁ − cₙ = 2n + 2. Le premier motif contient c₁ = 2 carreaux.
Résultat : On peut définir c par cₙ = n² + n, ou par c₁ = 2 et cₙ₊₁ = cₙ + 2n + 2.
Piège à éviter : La colonne est extérieure au carré ; compter une colonne déjà comprise dans le carré ajouterait deux fois les mêmes carreaux.
Quelques premiers termes servent à formuler une conjecture, c’est-à-dire une propriété que l’on pense vraie et qu’il reste à justifier. Une liste 1, 2, 3 ne suffit pas à déterminer une suite unique : la suite peut continuer par 4, ou suivre une règle différente dès le rang suivant. La définition précise lève cette ambiguïté. Une régularité observée ne remplace donc jamais la règle de génération.
Pour comparer les termes successifs, on peut étudier uₙ₊₁ − uₙ. Si cette différence est positive ou nulle pour tous les rangs concernés, la suite est croissante. Dans l’exemple des carreaux, 2n + 2 est strictement positif pour n ≥ 1 : la croissance est justifiée pour tous les rangs. Calculer seulement les trois premiers écarts n’aurait fourni qu’un indice.
Au bac : définir une suite à partir d’un contexte
- Nommer précisément la quantité mesurée, son unité et le sens du rang.
- Fixer le premier rang et écrire le terme initial correspondant.
- Traduire la règle de passage dans l’ordre des opérations, ou compter directement pour obtenir une formule explicite.
- Calculer quelques termes pour vérifier la cohérence avec la situation.
- Justifier les propriétés générales par une égalité ou une inégalité valable pour chaque rang, puis conclure dans le contexte.
À toi d'essayer
Deux suites ont les premiers termes 0, 1, 2. L’une est uₙ = n. Propose une autre formule donnant ces trois mêmes valeurs, mais une valeur différente au rang 3.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Erreurs fréquentes : confondre rang et valeur ; décaler le départ d’un rang ; oublier une condition initiale ; utiliser n au lieu de uₙ dans une récurrence ; annoncer une propriété générale après quelques essais. Une définition complète indique toujours où commence la suite et comment chaque terme est obtenu.
Choisir son outil
| Situation | Démarche |
|---|---|
| Accès direct au terme | Formule explicite ; remplacer le rang dans toute l’expression. |
| Règle répétée | Récurrence et valeur initiale ; calculer dans l’ordre. |
| Motif de carreaux | Fixer ce que compte le rang, puis compter sans recouvrement. |
| Régularité observée | Conjecture à justifier, jamais définition implicite certaine. |
À retenir
- Le rang est un entier ; le terme est la valeur correspondante.
- Une récurrence exige un départ et une règle de passage.
- Une liste finie ne détermine pas une suite de manière unique.
Fiche de révision
Avant de calculer, écrire le premier indice et la signification de uₙ.
Formule directe
dans uₙ = n² + 1, le rang 4 donne immédiatement 17.
Calcul répété
pour v₀ = 1 et vₙ₊₁ = 2vₙ + 1, avancer de valeur en valeur.
Nombre de valeurs de uₚ à uₙ : n − p + 1, car les deux extrémités comptent.
Pour prouver une croissance, chercher une expression du saut uₙ₊₁ − uₙ valable pour tous les rangs.
Questions fréquentes
Une suite est-elle une fonction ?
Oui, son domaine est un ensemble de rangs entiers ; les termes sont leurs images.
Une relation de récurrence suffit-elle sans départ ?
En général non : plusieurs suites peuvent obéir à la même relation avec des valeurs initiales différentes.
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