Suites géométriques

Que devient une quantité quand on la multiplie toujours par le même nombre ?

Environ 35 minutes

  • Justifier un coefficient multiplicateur constant
  • Calculer un terme et analyser les variations
  • Démontrer et utiliser une somme géométrique
  • Chercher un seuil sans logarithme
Sommaire
  1. 1. Reconnaître une multiplication constante
  2. 2. Terme général et sens de variation
  3. 3. Démontrer puis utiliser la formule de somme
  4. 4. Chercher un seuil et contrôler le modèle

Que devient une quantité quand on la multiplie toujours par le même nombre ?

Un doublement répété, une baisse en pourcentage ou des intérêts composés se modélisent par une suite géométrique. La régularité est multiplicative. Tu vas exprimer le terme général, analyser les variations, additionner des termes et chercher un premier franchissement de seuil. Pour suivre cette leçon, il faut connaître les puissances, les coefficients multiplicateurs et les définitions explicite et récurrente d’une suite.

1. Reconnaître une multiplication constante

Une suite (uₙ) est géométrique s’il existe un réel q tel que uₙ₊₁ = quₙ pour chaque rang concerné. Le nombre q est la raison géométrique. Quand les termes sont non nuls, on peut reconnaître cette propriété en calculant le quotient uₙ₊₁/uₙ : il doit être constant. La définition par multiplication reste utilisable même lorsqu’un terme vaut zéro, contrairement au quotient.

Les valeurs doublent à chaque rang : 3, 6, 12, 24, 48, 96. Les écarts augmentent, tandis que le rapport reste égal à 2.

Dans cette figure, chaque valeur vaut deux fois la précédente. La différence entre termes vaut successivement 3, 6, 12, 24 puis 48 ; elle n’est pas constante. La suite est donc géométrique de raison 2, et non arithmétique. Un taux d’évolution constant implique un coefficient multiplicateur constant, tandis qu’un accroissement absolu constant conduit à une suite arithmétique.

Une hausse de t % se traduit par q = 1 + t/100. Une baisse de t % se traduit par q = 1 − t/100. Pour une hausse de 5 %, on multiplie par 1,05, et non par 0,05. Pour une baisse de 20 %, on multiplie par 0,8. Les pourcentages successifs portent sur les nouvelles valeurs : leurs effets se multiplient.

Vocabulaire

Raison géométrique :
Coefficient multiplicateur constant entre un terme et le suivant.
Croissance exponentielle discrète :
Évolution à rangs entiers obtenue par une multiplication répétée de raison supérieure à un, pour des termes positifs.
Intérêts composés :
Intérêts ajoutés au capital puis pris en compte dans le calcul des intérêts suivants.
Seuil strict :
Condition qui exclut l’égalité avec la valeur fixée.

À toi d'essayer

Un prix baisse de 12 % à chaque période. Quel coefficient multiplicateur décrit la baisse ? Une suite de prix ainsi définie est-elle géométrique ?

Voir la réponse

Le coefficient vaut 1 − 12/100 = 0,88. Si Pₙ est le prix après n périodes, alors Pₙ₊₁ = 0,88Pₙ : la suite est géométrique de raison 0,88.

2. Terme général et sens de variation

Si u₀ est connu, les multiplications successives donnent u₁ = u₀q, u₂ = u₀q², puis uₙ = u₀qⁿ. L’exposant compte le nombre de passages depuis le rang initial. Pour une suite commençant au rang 1, on écrit uₙ = u₁qⁿ⁻¹. Plus généralement, uₙ = uₚqⁿ⁻ᵖ pour n ≥ p. Pour remonter vers un rang inférieur, cette formule exige q ≠ 0.

Le cas q = 0 se traite directement avec la récurrence : tous les termes à partir du suivant du terme initial sont nuls. On n’a pas besoin de donner un sens à une puissance 0⁰. Si q = 1, la suite est constante. Si le terme initial est nul, tous les termes suivants sont nuls quelle que soit la raison choisie.

Exemple résolu

Un capital initial de 200 euros augmente de 10 % à chaque période, sans versement ni retrait. Calculer sa valeur après trois périodes.

  1. Étape 1 : Noter Cₙ le capital après n périodes. C₀ = 200 et le coefficient multiplicateur vaut 1,10.
  2. Étape 2 : Écrire Cₙ = 200 × 1,1ⁿ. Trois périodes correspondent à trois multiplications.
  3. Étape 3 : Calculer C₃ = 200 × 1,331 = 266,20. Le gain total vaut 66,20 euros.

Résultat : Après trois périodes, le capital vaut 266,20 euros, soit une hausse globale de 33,1 %.

Piège à éviter : Additionner trois fois 10 % donnerait 30 % et oublierait que les intérêts portent aussi sur les gains déjà acquis.

Pour étudier la variation, on calcule uₙ₊₁ − uₙ = uₙ(q − 1). Si u₀ > 0 et q > 0, tous les termes sont positifs : le signe de la différence est celui de q − 1. La suite est strictement croissante pour q > 1, strictement décroissante pour 0 < q < 1, et constante pour q = 1.

Les valeurs sont divisées par deux à chaque étape. Elles diminuent tout en restant positives.

La seconde figure illustre une décroissance de raison 1/2. Les valeurs se rapprochent de zéro sans devenir nulles à un rang fini. Ce comportement donne une intuition de limite, sans qu’une formalisation soit nécessaire ici. Dire que la suite tend vers zéro ne signifie pas qu’elle atteint zéro. Dans une mesure réelle, la précision disponible peut masquer les très petites valeurs du modèle.

Si le terme initial est négatif et la raison positive, le sens de variation est inversé par rapport au cas positif. Par exemple, −2 × 2ⁿ donne −2, −4, −8 : la suite décroît alors que q > 1. Si q < 0 et u₀ ≠ 0, les signes alternent ; on ne peut pas appliquer directement la règle des termes positifs. Pour q = −1, les deux valeurs opposées se répètent.

3. Démontrer puis utiliser la formule de somme

Considérons A = 1 + q + q² + … + qⁿ. Multiplier par q donne qA = q + q² + … + qⁿ⁺¹. En soustrayant la seconde égalité de la première, les termes intermédiaires s’éliminent : A − qA = 1 − qⁿ⁺¹. Pour q ≠ 1, on obtient A = (1 − qⁿ⁺¹)/(1 − q).

L’exposant n + 1 correspond au nombre de termes, car la somme commence à q⁰ = 1. Pour une somme de N termes consécutifs commençant par uₚ, la formule devient S = uₚ(1 − qᴺ)/(1 − q), avec N = n − p + 1 si le dernier terme est uₙ. Lorsque q = 1, on n’utilise pas cette fraction : S = Nuₚ.

La démonstration explique pourquoi une somme finie peut avoir une écriture courte. Elle évite de mémoriser une formule sans connaître les rangs auxquels elle s’applique. Les deux écritures (1 − qᴺ)/(1 − q) et (qᴺ − 1)/(q − 1) sont égales, puisque l’on change simultanément le signe du numérateur et celui du dénominateur. Changer un seul de ces signes serait incorrect.

Exemple résolu

Pour uₙ = 3 × 2ⁿ, calculer u₀ + u₁ + … + u₅.

  1. Étape 1 : Il y a 6 termes, de rang 0 à 5 inclus. Le premier vaut 3 et la raison vaut 2.
  2. Étape 2 : La raison est différente de 1. Appliquer S = 3 × (1 − 2⁶)/(1 − 2).
  3. Étape 3 : Calculer 2⁶ = 64, puis S = 3 × (−63)/(−1) = 189.

Résultat : La somme vaut 189 ; on retrouve 3 + 6 + 12 + 24 + 48 + 96.

Piège à éviter : Prendre l’exposant 5 dans la formule de somme oublierait que six termes sont additionnés.

À toi d'essayer

Calcule 5 + 5/2 + 5/4 + 5/8 sans confondre le nombre de termes et le dernier exposant.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

4. Chercher un seuil et contrôler le modèle

Exemple résolu

Une quantité modélisée vaut 80 unités au départ et est divisée par deux à chaque étape. Quel est le premier rang où elle devient strictement inférieure à 3 unités ?

  1. Étape 1 : Noter Qₙ = 80 × (1/2)ⁿ pour n ≥ 0. La suite est positive et strictement décroissante.
  2. Étape 2 : Calculer successivement 80, 40, 20, 10, 5 puis 2,5.
  3. Étape 3 : Au rang 4, la valeur 5 est encore supérieure à 3. Au rang 5, la valeur 2,5 est inférieure à 3. La décroissance garantit qu’aucun rang antérieur ne convient.

Résultat : Le premier rang recherché est n = 5.

Piège à éviter : La valeur initiale correspond au rang zéro ; compter six valeurs ne signifie pas que six étapes se sont écoulées.

Pour des données moins simples, un tableur ou un algorithme répète la multiplication et compare chaque nouvelle valeur au seuil. On initialise le rang à zéro et la quantité à sa valeur de départ, puis on avance tant que la condition d’arrivée n’est pas satisfaite. La comparaison doit refléter exactement les mots « au moins », « dépasse », « au plus » ou « strictement inférieur ».

Avant une recherche répétée, on étudie la direction de l’évolution et les valeurs possibles. Une suite positive de raison comprise entre zéro et un ne dépassera pas un seuil supérieur à sa valeur initiale. Une suite de raison supérieure à un et de départ positif ne descendra pas sous une valeur plus petite. Cette vérification évite de chercher indéfiniment un rang qui n’existe pas.

Au bac : justifier un modèle géométrique

  1. Définir la quantité et le rang, puis traduire le taux en coefficient multiplicateur.
  2. Justifier que ce coefficient est identique à chaque étape et préciser le terme initial.
  3. Employer le terme général pour une valeur isolée, la somme pour un cumul.
  4. Pour un seuil, utiliser les variations et contrôler le rang trouvé avec le précédent.
  5. Revenir aux unités et aux hypothèses du modèle : aucun ajout fixe ou changement de taux ne doit être oublié.

À toi d'essayer

Deux hausses successives d’un même taux transforment 400 euros en 529 euros. Un élève propose 16,125 % par hausse en divisant la hausse globale par deux. Sa proposition est-elle correcte ? Retrouve le taux par hausse.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Attention :

Erreurs fréquentes : confondre raison et pourcentage ; utiliser n au lieu de n − p ; appliquer une règle de variation sans regarder le signe des termes ; diviser par 1 − q lorsque q = 1 ; confondre total cumulé et dernière valeur. Commencer par écrire le sens des rangs et les premiers termes évite ces confusions.

Choisir son outil

SituationDémarche
Termes à taux fixeRécurrence uₙ₊₁ = quₙ.
Accès directDepuis u₀, effectuer n multiplications : u₀qⁿ.
Cumul de N valeursuₚ(1 − qᴺ)/(1 − q) si q ≠ 1.
VariationsÉtudier le signe de uₙ(q − 1).

À retenir

  • Une suite géométrique se définit par une multiplication constante.
  • Le nombre de passages détermine l’exposant du terme général.
  • La variation dépend de la raison et du signe des termes.

Fiche de révision

Une hausse de 10 % signifie multiplier par 1,1 ; trois périodes multiplient par 1,1³.

Pour une somme finie, compter d’abord les valeurs : du rang p au rang n, N = n − p + 1.

Retrouver la somme

écrire S puis qS et soustraire pour éliminer les termes intermédiaires.

Cas à isoler

q = 1 donne une suite constante et une somme égale au nombre de termes fois leur valeur.

Premier seuil

prouver la monotonie, tester le rang retenu et celui immédiatement précédent.

Questions fréquentes

Une suite géométrique peut-elle changer de signe ?

Oui, avec une raison négative et un départ non nul, les signes alternent.

Une baisse répétée de 50 % finit-elle exactement à zéro ?

Dans ce modèle, aucun terme fini n’est nul si le départ est positif, même si les valeurs se rapprochent de zéro.

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