Fonction exponentielle
Quelle fonction peut décrire une évolution dont la vitesse dépend de la quantité présente ?
Environ 35 minutes
- Connaître la définition et les propriétés de l’exponentielle
- Transformer une expression avec les règles algébriques
- Dériver et étudier des fonctions contenant une exponentielle
- Modéliser une évolution continue et la relier à une suite géométrique
Quelle fonction peut décrire une évolution dont la vitesse dépend de la quantité présente ?
Les suites géométriques décrivent une multiplication répétée à des instants séparés. La fonction exponentielle permet de travailler avec un temps continu. Elle possède aussi une propriété remarquable : sa dérivée est égale à elle-même. Tu vas utiliser sa définition, ses règles de calcul et ses variations, puis distinguer un coefficient multiplicateur discret d’un paramètre de croissance continue.
1. Une fonction égale à sa dérivée
On admet l’existence et l’unicité d’une fonction dérivable sur ℝ dont la dérivée est elle-même et dont la valeur en zéro est 1. Cette fonction est la fonction exponentielle, notée exp. Elle vérifie exp’(x) = exp(x) et exp(0) = 1. On note e le nombre exp(1), environ égal à 2,71828, et l’on écrit aussi exp(x) = eˣ.
La courbe montre une fonction strictement positive et strictement croissante. Elle ne coupe jamais l’axe horizontal. En particulier, eˣ = 0 n’a aucune solution réelle, et eˣ est définie même lorsque x est négatif. Un exposant négatif ne rend pas la valeur négative : e⁻ˣ est l’inverse de eˣ. L’exposant et la valeur de l’exponentielle ne jouent donc pas le même rôle.
Les propriétés algébriques expliquent cette positivité. Pour tout x, exp(x)exp(−x) = 1, donc exp(x) ne peut pas être nul. De plus, exp(x) = exp(x/2)² : cette valeur est un carré non nul, donc strictement positif. Comme la dérivée de exp est exp, sa dérivée est strictement positive, ce qui établit sa croissance stricte sur ℝ.
Vocabulaire
- Exponentielle :
- Unique fonction dérivable égale à sa dérivée et valant un en zéro.
- Nombre e :
- Valeur de l’exponentielle en un ; sa notation permet d’écrire eˣ.
- Paramètre de croissance continue :
- Nombre a dans un modèle Ceᵃᵗ ; son signe détermine le sens d’évolution pour C positif.
- Coefficient multiplicateur par unité de temps :
- Rapport entre deux valeurs séparées d’une unité de temps ; il vaut eᵃ dans le modèle Ceᵃᵗ.
À toi d'essayer
Sans approximation numérique, résous e²ˣ⁻¹ ≤ e³.
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L’exponentielle est strictement croissante, donc l’inégalité équivaut à 2x − 1 ≤ 3. On obtient x ≤ 2, soit l’ensemble ]−∞ ; 2].
2. Calculer avec les exposants
Pour tous réels a et b, exp(a + b) = exp(a)exp(b). Avec la notation puissance, on écrit eᵃ⁺ᵇ = eᵃeᵇ. On en déduit eᵃ⁻ᵇ = eᵃ/eᵇ et e⁻ᵃ = 1/eᵃ. Pour un entier n, (eᵃ)ⁿ = eⁿᵃ. Ces propriétés prolongent les règles connues sur les puissances entières ; elles s’appliquent ici à des exposants réels.
La règle du produit ne doit pas être confondue avec une règle de somme. On n’a pas en général eᵃ + eᵇ = eᵃ⁺ᵇ. Pour a = b = 0, le membre de gauche vaut 2 et celui de droite vaut 1 : un seul contre-exemple suffit à réfuter une égalité annoncée pour tous les réels. Quand on simplifie une expression, on vérifie donc quelle opération relie les exponentielles.
Exemple résolu
Simplifier E(x) = exp(2x + 1)exp(3 − x)/exp(x).
- Étape 1 : Le dénominateur exp(x) est strictement positif, donc l’expression est définie pour tout réel x.
- Étape 2 : Le produit au numérateur devient exp[(2x + 1) + (3 − x)] = exp(x + 4).
- Étape 3 : Le quotient donne exp[(x + 4) − x] = exp(4).
Résultat : Pour tout réel x, E(x) = e⁴ ; l’expression ne dépend plus de x.
Piège à éviter : Multiplier les exposants au lieu de les additionner donnerait une transformation qui ne respecte pas la règle du produit.
La croissance stricte permet de comparer des exponentielles sans les calculer. On a exp(u) = exp(v) si et seulement si u = v, et exp(u) < exp(v) si et seulement si u < v. Ces équivalences valent pour toutes les valeurs réelles des exposants. Elles ne permettent pas de comparer directement deux produits différents sans transformation préalable.
Quand le second membre est une constante écrite comme une exponentielle, une équation se ramène ainsi à une équation sur les exposants. Par exemple, exp(3x) = exp(6) équivaut à 3x = 6. Si une constante n’est pas présentée sous cette forme, on peut recourir à une résolution approchée selon les outils autorisés, sans inventer une règle de simplification.
3. Dériver et étudier une fonction
La dérivée de exp(x) est exp(x). Pour un réel a, la dérivée de exp(ax) est aexp(ax). Avec un décalage constant b, la dérivée de exp(ax + b) est aexp(ax + b). On peut retrouver ce dernier résultat en écrivant exp(ax + b) = exp(b)exp(ax), où exp(b) est un multiplicateur constant.
Pour un modèle Q(t) = Ceᵃᵗ, avec C constant, on obtient Q’(t) = aCeᵃᵗ. Si C > 0, le signe de la dérivée est celui de a. Le modèle est croissant pour a > 0, décroissant pour a < 0 et constant pour a = 0. L’exponentielle ne change jamais de signe ; ce sont les autres facteurs de la dérivée qui décident de ses signes.
Exemple résolu
Étudier les variations de f(x) = (x − 1)eˣ sur ℝ.
- Étape 1 : Les deux facteurs sont dérivables. Appliquer la règle du produit : f’(x) = eˣ + (x − 1)eˣ.
- Étape 2 : Factoriser : f’(x) = xeˣ. Comme eˣ > 0, cette dérivée a le signe de x.
- Étape 3 : La fonction décroît jusqu’à 0 puis croît après 0. Calculer f(0) = (−1) × 1 = −1.
Résultat : La fonction possède un minimum global égal à −1, atteint en x = 0.
Piège à éviter : Conclure que la dérivée est toujours positive parce qu’elle contient eˣ oublierait le facteur x.
À toi d'essayer
Dérive f(x) = 5exp(−2x) et précise son sens de variation.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Une autre façon d’approcher la courbe est la méthode d’Euler. Comme exp’ = exp, une petite avance h à partir d’une valeur y donne l’approximation y suivant ≈ y + hy = (1 + h)y. En répétant cette mise à jour depuis y = 1, on obtient une suite géométrique qui approche la courbe sur des durées fixées lorsque le pas devient petit.
Avec un pas h = 1/n et n étapes, la durée totale vaut 1 et la valeur approchée est (1 + 1/n)ⁿ. Cette construction fournit des approximations de e. Chaque valeur finie reste une approximation : elle ne doit pas être confondue avec l’égalité exacte exp(1) = e. L’intérêt est de relier une information sur la pente à la construction progressive de la courbe.
4. Temps continu, seuils et hypothèses
Le modèle de la figure est Q(t) = 100exp(−0,5t), pour t ≥ 0. Il représente une quantité abstraite exprimée en unités ; aucune mesure expérimentale n’est supposée. Pour une durée supplémentaire h, le rapport Q(t + h)/Q(t) vaut exp(−0,5h), indépendamment de t. Des durées égales produisent donc des multiplications égales, même si les pertes absolues diminuent avec la quantité restante.
Exemple résolu
Dans le modèle Q(t) = 100exp(−0,5t), déterminer le premier instant où Q(t) est inférieure ou égale à 100/e².
- Étape 1 : Diviser par 100, nombre positif : exp(−0,5t) ≤ exp(−2).
- Étape 2 : Utiliser la croissance de exp : −0,5t ≤ −2. Diviser ensuite par −0,5 inverse le sens de l’inégalité.
- Étape 3 : On obtient t ≥ 4. Le temps 4 appartient au domaine t ≥ 0 et donne exactement Q(4) = 100/e².
Résultat : Le premier instant recherché est t = 4, dans l’unité de temps choisie pour le modèle.
Piège à éviter : Oublier d’inverser le sens de l’inégalité en divisant par un nombre négatif sélectionnerait les instants précédant le seuil.
En observant Ceᵃᵗ aux instants entiers, on obtient uₙ = C(eᵃ)ⁿ, suite géométrique de raison q = eᵃ. Le paramètre a n’est donc pas directement un pourcentage d’évolution par unité de temps. Le taux discret correspondant est eᵃ − 1. Pour a = 0,1, ce taux vaut environ 10,52 %, et non exactement 10 %. Confondre ces deux nombres introduit une erreur de modèle.
Une évolution réelle ne suit une loi exponentielle que sous certaines hypothèses. Un apport fixe, un taux variable ou une saturation peuvent modifier la règle. Il faut donc préciser la quantité, l’unité de temps, la valeur initiale et le domaine de pertinence. Une courbe bien ajustée sur quelques observations ne garantit pas qu’elle restera pertinente pour un futur éloigné.
Au bac : utiliser une exponentielle dans un problème
- Identifier les constantes et la variable ; vérifier la valeur initiale en remplaçant le temps par zéro.
- Transformer les produits et quotients grâce aux règles sur les exposants.
- Pour les variations, dériver puis isoler les facteurs dont le signe est connu.
- Pour une équation ou une inéquation, exploiter la croissance stricte quand les deux membres sont écrits comme des exponentielles.
- Conclure dans le domaine et distinguer paramètre continu, taux discret et valeur de la quantité.
À toi d'essayer
Une quantité positive suit Q(t) = Ceᵃᵗ. Sur une durée de trois unités, on observe Q(t + 3)/Q(t) = exp(1,2). Détermine a sans connaître C.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Erreurs fréquentes : penser qu’un exposant négatif donne une valeur négative ; transformer une somme en exponentielle d’une somme ; oublier le facteur a lors d’une dérivation ; confondre a avec le taux discret ; oublier le domaine temporel ou les hypothèses du modèle.
Choisir son outil
| Situation | Démarche |
|---|---|
| Définition | exp’ = exp et exp(0) = 1. |
| Produit et quotient | Additionner ou soustraire les exposants. |
| Variations de Ceᵃᵗ, C > 0 | Le signe de a décide. |
| Observation aux temps entiers | Suite géométrique de raison eᵃ. |
À retenir
- L’exponentielle est définie et strictement positive sur ℝ.
- Elle transforme une addition des exposants en produit des valeurs.
- Un modèle continu Ceᵃᵗ donne une suite de raison eᵃ aux instants entiers.
Fiche de révision
Valeur de référence
exp(0) = 1 et exp(1) = e.
Comparer exp(u) et exp(v) revient à comparer u et v, sans changer le sens.
Dériver exp(at) fait apparaître le multiplicateur a.
Pour un produit avec une autre fonction, utiliser les deux contributions de la règle du produit.
Dans un modèle, annoncer séparément le départ C, le paramètre a et le coefficient multiplicateur par unité de temps.
Questions fréquentes
L’exponentielle d’un nombre négatif peut-elle être nulle ?
Non. Elle est strictement positive ; exp(−x) est l’inverse de exp(x).
Une raison géométrique égale à 1,1 correspond-elle à un paramètre continu a = 0,1 ?
Non. Le lien exact est exp(a) = 1,1. Exp(0,1) est seulement proche de 1,1 et conduit à un taux discret légèrement différent.
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