Produit scalaire

Définir et calculer un produit scalaire, démontrer une orthogonalité et utiliser Al-Kashi ou le cercle de diamètre donné.

Environ 35 minutes

  • Choisir entre les quatre méthodes de calcul du produit scalaire
  • Utiliser bilinéarité et orthogonalité
  • Démontrer Al-Kashi et la caractérisation du cercle de diamètre [AB]
Sommaire
  1. Un nombre pour mesurer la relation entre deux directions
  2. Coordonnées, orthogonalité et propriétés de calcul
  3. Démontrer Al-Kashi et caractériser un cercle
  4. Choisir la méthode et rédiger

Comment prouver qu’un angle est droit sans le mesurer ?

La longueur des vecteurs ne suffit pas à décrire leur position relative. Le produit scalaire introduit un nombre qui tient compte de l’angle. Il permet de calculer une distance, de prouver une perpendicularité et de reconnaître un cercle. Les trois approches, géométrique, vectorielle et repérée, décrivent le même outil.

Un nombre pour mesurer la relation entre deux directions

Deux vecteurs possèdent une direction, un sens et une norme. Le produit scalaire combine ces informations pour produire un nombre réel. Pour deux vecteurs non nuls u et v, on pose u · v = ‖u‖ × ‖v‖ × cos(θ), où θ est l’angle non orienté entre leurs représentants de même origine, compris entre 0 et π. Si l’un des vecteurs est nul, leur produit scalaire vaut 0 ; on n’a alors pas besoin de lui attribuer un angle.

Une autre lecture utilise une projection. Prenons u = OA et v = OB, avec A différent de O, et appelons H le projeté orthogonal de B sur la droite (OA). Si H est sur la demi-droite [OA), le produit vaut OA × OH. Si H est de l’autre côté de O, il vaut −OA × OH. Si H = O, il vaut 0. La projection apporte donc une longueur algébrique, qui peut être négative, et pas seulement une longueur de segment.

OA représente u = (4 ; 0) et OB représente v = (2 ; 3). Le projeté H de B vérifie OH = 2 : u · v = 4 × 2 = 8.

Le signe traduit la position relative des vecteurs non nuls : un angle strictement aigu donne un produit positif ; un angle strictement obtus donne un produit négatif ; un angle droit donne zéro. Deux vecteurs colinéaires de même sens donnent le produit de leurs normes, et deux vecteurs colinéaires de sens contraires son opposé. Le signe seul ne permet pas de retrouver un angle exact.

Exemple résolu

Dans un triangle ABC, AB = 5, AC = 3 et l’angle BAC vaut 60°. Calcule AB · AC puis la longueur BC.

  1. Étape 1 : Les deux vecteurs AB et AC ont la même origine A. La définition donne AB · AC = 5 × 3 × cos(60°) = 15/2.
  2. Étape 2 : Le vecteur BC est la différence des vecteurs AC et AB. Le développement du carré de sa norme donne BC² = AC² + AB² − 2 AB · AC.
  3. Étape 3 : On remplace : BC² = 9 + 25 − 2 × 15/2 = 19. Une longueur étant positive, on prend la racine carrée positive.

Résultat : AB · AC = 15/2 et BC = √19. Le produit est un nombre ; BC est une longueur.

Piège à éviter : Utiliser directement AB × AC comme produit scalaire oublierait le facteur cosinus, ici égal à 1/2.

À toi d'essayer

Deux vecteurs de normes 2 et 5 forment un angle de 120°. Quel est leur produit scalaire et que dit son signe ?

Voir la réponse

Le produit vaut 2 × 5 × cos(120°) = 10 × (−1/2) = −5. Il est négatif parce que l’angle est obtus ; il ne représente donc pas une longueur.

Coordonnées, orthogonalité et propriétés de calcul

Dans un repère orthonormé, si u = (x ; y) et v = (x′ ; y′), alors u · v = xx′ + yy′. De même, ‖u‖² = x² + y² et ‖u‖ = √(x² + y²). L’hypothèse orthonormée est essentielle : les axes sont perpendiculaires et les vecteurs de base ont la norme 1. On ne peut pas recopier cette formule dans une base quelconque.

Pour calculer un produit à partir de points, commence par former les vecteurs. AB a pour coordonnées (xB − xA ; yB − yA). Il faut soustraire dans le même ordre sur les deux coordonnées. Deux vecteurs sont orthogonaux si et seulement si leur produit scalaire est nul. Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur, mais il ne donne pas de direction à une droite. Pour conclure que deux droites sont perpendiculaires, utilise des vecteurs directeurs non nuls.

Le produit scalaire est symétrique : u · v = v · u. Il est aussi bilinéaire, ce qui signifie qu’il se distribue sur les sommes et respecte la multiplication par un réel : u · (v + w) = u · v + u · w et (ku) · v = k(u · v). Ces propriétés permettent de développer des expressions. En particulier, u · u = ‖u‖², donc ‖u + v‖² = ‖u‖² + 2u · v + ‖v‖² et ‖u − v‖² = ‖u‖² − 2u · v + ‖v‖².

Ces formules donnent une quatrième méthode : u · v = (‖u + v‖² − ‖u‖² − ‖v‖²)/2. Elle est utile lorsque les normes et celle de la somme sont connues. Dans une base orthonormée (i, j), si u = xi + yj, on obtient aussi u · i = x et u · j = y. En effet, i · i = j · j = 1 et i · j = 0 : le produit scalaire retrouve les coordonnées comme projections.

Exemple résolu

Dans un repère orthonormé, A(1 ; 1), B(4 ; 2) et C(0 ; 4). Le triangle ABC est-il rectangle en A ?

  1. Étape 1 : On calcule AB = (4 − 1 ; 2 − 1) = (3 ; 1) et AC = (0 − 1 ; 4 − 1) = (−1 ; 3).
  2. Étape 2 : Le produit vaut AB · AC = 3 × (−1) + 1 × 3 = 0.
  3. Étape 3 : Les vecteurs sont tous deux non nuls. Leur orthogonalité prouve que les droites (AB) et (AC) sont perpendiculaires.

Résultat : Le triangle ABC est rectangle en A. Le sommet vient de l’origine commune des deux vecteurs calculés.

Piège à éviter : Prendre les coordonnées de B et de C au lieu de celles de AB et de AC testerait un angle d’origine O, pas le sommet A.

À toi d'essayer

Dans une base orthonormée, u = (2 ; −3) et v = (a ; 4). Détermine a pour que u et v soient orthogonaux.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Démontrer Al-Kashi et caractériser un cercle

L’angle en A vaut 60°. La formule d’Al-Kashi donne BC² = 25 + 9 − 15 = 19.

La formule d’Al-Kashi prolonge Pythagore aux triangles qui ne sont pas rectangles. Dans le triangle ABC, l’identité vectorielle qui exprime le vecteur BC comme la différence des vecteurs AC et AB donne, par développement du carré de norme, BC² = AC² + AB² − 2 AB · AC. En utilisant le cosinus de l’angle en A, on obtient BC² = AB² + AC² − 2 AB × AC × cos(BAC). Si l’angle est droit, son cosinus vaut zéro : on retrouve Pythagore. Si l’angle est obtus, le terme retranché est négatif et le côté opposé devient plus grand.

La formule sert aussi dans l’autre sens. Si les trois côtés sont connus et AB × AC est non nul, alors cos(BAC) = (AB² + AC² − BC²)/(2 AB × AC). On vérifie que le résultat appartient à [−1 ; 1]. Pour un angle non remarquable, une mesure approchée peut être obtenue avec la fonction cosinus inverse d’une calculatrice, en précisant l’unité demandée.

I est le milieu de [AB]. Pour M sur ce cercle, MA · MB = MI² − IA² = 0 ; si M diffère de A et de B, le triangle AMB est rectangle en M.

Étudions maintenant l’expression MA · MB. Soit I le milieu de [AB]. Par Chasles, MA = MI + IA et MB = MI + IB = MI − IA. La bilinéarité et la symétrie annulent les termes croisés : MA · MB = ‖MI‖² − ‖IA‖². Cette transformation remplace deux vecteurs variables par une distance au milieu et un rayon fixe.

Exemple résolu

A et B sont deux points distincts. Détermine l’ensemble des points M tels que MA · MB = 0.

  1. Étape 1 : On introduit le milieu I de [AB] et on transforme : MA · MB = MI² − IA².
  2. Étape 2 : L’égalité demandée équivaut à MI² = IA². Les distances étant positives ou nulles, elle équivaut à MI = IA.
  3. Étape 3 : Les points à distance IA de I forment le cercle de centre I et de rayon IA, donc le cercle de diamètre [AB]. Les points A et B satisfont eux aussi l’équation, car l’un des vecteurs y est nul.

Résultat : L’ensemble cherché est le cercle de diamètre [AB], avec ses deux extrémités. Pour un autre point de ce cercle, AMB est rectangle en M.

Piège à éviter : Exclure A et B sous prétexte que le triangle y est aplati oublierait que l’équation vectorielle reste définie en ces deux points.

À toi d'essayer

On conserve deux points A et B distincts et leur milieu I. Décris les points M pour lesquels MA · MB est strictement négatif, puis ceux pour lesquels il est strictement positif.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Choisir la méthode et rédiger

Au bac : justifier une propriété métrique

  1. Identifier ce qu’on cherche : nombre, longueur, angle ou orthogonalité. Écrire les vecteurs avec leurs origines.
  2. Choisir les données directement disponibles : projection, normes et angle, coordonnées, ou norme d’une somme. Éviter de calculer un angle si un produit nul suffit.
  3. Énoncer la propriété utilisée et ses hypothèses : repère orthonormé, vecteurs non nuls pour un angle ou une direction.
  4. Présenter le calcul exact, puis traduire le résultat dans la configuration. Un produit nul doit aboutir à une perpendicularité clairement nommée.
Attention :

Erreurs fréquentes : confondre produit scalaire et vecteur, remplacer ‖u + v‖ par ‖u‖ + ‖v‖, oublier le terme croisé dans un carré de norme ou changer seulement un des deux vecteurs de sens. Remplacer u par −u change le signe de u · v ; remplacer simultanément les deux vecteurs par leurs opposés conserve le produit.

Vocabulaire

Norme :
Longueur d’un représentant d’un vecteur, toujours positive ou nulle.
Produit scalaire :
Nombre réel associant les normes de deux vecteurs à leur direction relative.
Projection orthogonale :
Pied de la perpendiculaire menée d’un point à une droite.
Vecteurs orthogonaux :
Vecteurs dont le produit scalaire est nul ; leurs directions, lorsqu’elles existent, sont perpendiculaires.

Choisir son outil

SituationDémarche
Normes et angle connusUtiliser le cosinus.
Coordonnées disponiblesAdditionner les produits de coordonnées dans un repère orthonormé.
Expression MA · MBIntroduire le milieu de [AB] pour comparer MI à IA.

À retenir

  • Pour des vecteurs non nuls, u · v = ‖u‖ ‖v‖ cos(θ). Avec un vecteur nul, le produit vaut 0.
  • Dans une base orthonormée, (x ; y) · (x′ ; y′) = xx′ + yy′.
  • La bilinéarité permet de développer les carrés de normes ; un produit nul caractérise l’orthogonalité.
  • Si I est le milieu de [AB], MA · MB = MI² − IA².

Fiche de révision

Commence par demander quelles données sont disponibles : un angle, une projection, des coordonnées ou des longueurs.

Un contrôle de signe est rapide

un angle obtus doit conduire à un résultat négatif.

Dans un triangle, le côté opposé à l’angle étudié est celui dont le carré est isolé dans Al-Kashi.

Pour une équation MA · MB = k, le milieu transforme le problème en une condition sur MI². Vérifie alors si le rayon obtenu est réel.

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