Probabilités conditionnelles

Calculer des probabilités conditionnelles, utiliser un arbre pondéré et appliquer les probabilités totales à une partition.

Environ 35 minutes

  • Distinguer conditionnelle et intersection
  • Construire et exploiter un arbre pondéré
  • Calculer une probabilité totale et inverser un conditionnement
Sommaire
  1. Comprendre ce qui change quand on sait déjà quelque chose
  2. Multiplier les branches d’un chemin
  3. Additionner des cas qui forment une partition
  4. Contrôler et communiquer une probabilité

Une information nouvelle peut-elle changer une probabilité ?

Apprendre qu’une pièce vient d’un atelier modifie les issues à considérer. Pour raisonner correctement, il faut préciser ce qu’on sait et sur quel ensemble on compte. Tu vas passer des effectifs aux probabilités, organiser les cas dans un arbre et reconstruire une probabilité globale à partir de situations particulières.

Comprendre ce qui change quand on sait déjà quelque chose

Une probabilité conditionnelle décrit une expérience dont on restreint les issues possibles à celles d’un événement connu. Si on choisit au hasard une personne dans une population, puis qu’on apprend qu’elle appartient à un groupe A, les calculs portent désormais sur ce groupe. La question « quelle proportion vérifie B parmi les membres de A ? » ne possède plus le même dénominateur que la question portant sur toute la population.

Pour P(A) > 0, on note P_A(B), ou P(B | A), la probabilité de B sachant A. Par définition, P_A(B) = P(A ∩ B)/P(A). L’intersection A ∩ B signifie que les deux événements sont réalisés. La condition A indique ce qu’on sait déjà. On ne peut pas utiliser cette division si P(A) = 0. Quand les données sont des effectifs et que le tirage est uniforme, le quotient se simplifie en effectif de A ∩ B divisé par effectif de A.

Exemple résolu

Dans un club de 100 membres, 30 pratiquent la natation, 40 le vélo et 24 les deux. On choisit uniformément un membre. Compare la probabilité de faire du vélo sachant qu’on nage et celle de nager sachant qu’on fait du vélo.

  1. Étape 1 : On note N l’événement « pratique la natation » et V « pratique le vélo ». L’intersection contient 24 personnes.
  2. Étape 2 : Parmi les 30 nageurs, 24 font du vélo : P_N(V) = 24/30 = 4/5.
  3. Étape 3 : Parmi les 40 cyclistes, 24 nagent : P_V(N) = 24/40 = 3/5.
  4. Étape 4 : Sur l’ensemble du club, P(N ∩ V) vaut encore autre chose : 24/100 = 6/25.

Résultat : Les deux conditionnelles valent respectivement 0,8 et 0,6. Elles ont le même numérateur d’effectif mais des populations de référence différentes.

Piège à éviter : Inverser les événements autour de « sachant » change le dénominateur et répond à une autre question.

Dans un même univers conditionné par A, les événements B et son contraire B̄ restent complémentaires : P_A(B̄) = 1 − P_A(B). En revanche, P_A(B) et P_Ā(B) ne sont pas complémentaires : les deux calculs ne portent pas sur la même population. Leurs valeurs peuvent toutes deux être élevées ou toutes deux être faibles.

À toi d'essayer

On tire uniformément une carte parmi 20 cartes. Huit sont rouges, dont trois portent une étoile. Calcule la probabilité d’obtenir une étoile sachant que la carte est rouge, puis celle d’avoir une carte rouge étoilée.

Voir la réponse

Sachant que la carte est rouge, il reste 8 issues et 3 conviennent : 3/8. Pour obtenir une rouge étoilée dans tout le paquet, 3 des 20 cartes conviennent : 3/20. La première est une conditionnelle, la seconde une intersection.

Multiplier les branches d’un chemin

Un arbre pondéré organise des événements par niveaux. La première séparation décrit des cas possibles dans l’univers initial. Chaque séparation suivante décrit les possibilités sachant le chemin déjà parcouru. Les nombres portés après un événement A sont donc des probabilités conditionnelles sachant A, et non des probabilités calculées dans tout l’univers.

À chaque nœud atteint avec une probabilité non nulle, la somme des branches sortantes vaut 1. La probabilité d’un chemin complet est le produit des probabilités de ses branches. Ce produit traduit la formule P(A ∩ B) = P(A) × P_A(B). On multiplie même lorsque les événements ne sont pas indépendants : c’est précisément la conditionnelle qui prend en compte leur éventuelle dépendance.

Les branches sortant de A donnent P(D sachant A) = 0,03 et son complément 0,97. Les chemins menant à D passent soit par A, soit par B.

Exemple résolu

Un atelier A produit 40 % des pièces et un atelier B les 60 % restantes. Les taux de défaut sont respectivement 3 % et 8 %. On prélève une pièce au hasard dans la production. Calcule la probabilité qu’elle soit défectueuse, puis celle qu’elle provienne de A sachant qu’elle est défectueuse.

  1. Étape 1 : Les deux chemins défectueux ont pour probabilités P(A ∩ D) = 0,4 × 0,03 = 0,012 et P(B ∩ D) = 0,6 × 0,08 = 0,048.
  2. Étape 2 : A et B sont incompatibles et couvrent toute la production. On additionne les chemins : P(D) = 0,012 + 0,048 = 0,06.
  3. Étape 3 : Pour inverser le conditionnement, on utilise la définition : P_D(A) = P(A ∩ D)/P(D) = 0,012/0,06 = 0,2.
  4. Étape 4 : Contrôle : parmi les pièces défectueuses, la part venant de B vaut 0,048/0,06 = 0,8 ; les deux parts ont pour somme 1.

Résultat : Une pièce est défectueuse avec une probabilité de 6 %. Parmi les pièces défectueuses, 20 % viennent de A.

Piège à éviter : Le taux de défaut de A, 3 %, ne donne pas la part des pièces de A parmi les pièces défectueuses : les deux conditionnements sont inverses.

Pour construire l’arbre à partir d’un texte, nomme d’abord les événements et traduis chaque proportion avec des mots. « Parmi les pièces de A, 3 % sont défectueuses » donne P_A(D). « 40 % de la production vient de A » donne P(A). La différence entre « parmi » et « sur l’ensemble » est souvent le point décisif. Complète les branches complémentaires seulement après cette traduction.

À toi d'essayer

Dans un arbre, P(A) = 0,7 et P_A(B) = 0,4. Une personne propose P(A ∩ B) = 1,1 en additionnant ces deux valeurs. Corrige son raisonnement.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Additionner des cas qui forment une partition

Une partition de l’univers est une liste d’événements deux à deux incompatibles dont la réunion est tout l’univers. Chaque issue appartient à un et un seul de ces événements. Pour calculer P(E), on découpe E selon ces provenances : les événements E ∩ A, E ∩ B, E ∩ C sont incompatibles et recouvrent E. On peut donc additionner leurs probabilités.

Les bandes A, B et C ont des poids 0,2, 0,5 et 0,3. La part bleue représente E dans chaque bande, respectivement 90 %, 80 % et 60 %. Son aire totale représente P(E).

Pour une partition A, B, C dont les événements ont une probabilité non nulle, la formule des probabilités totales donne P(E) = P(A)P_A(E) + P(B)P_B(E) + P(C)P_C(E). Ce résultat est une moyenne pondérée des taux conditionnels. Ce n’est pas leur moyenne ordinaire, sauf si les poids sont égaux. La même démarche fonctionne avec deux cas, notamment A et Ā lorsque 0 < P(A) < 1.

Exemple résolu

Trois provenances A, B et C représentent 20 %, 50 % et 30 % d’un ensemble de dossiers. Les taux de validation sont respectivement 90 %, 80 % et 60 %. Calcule le taux global et la part de C parmi les dossiers validés.

  1. Étape 1 : Les trois provenances forment une partition. On applique la formule : P(E) = 0,2 × 0,9 + 0,5 × 0,8 + 0,3 × 0,6.
  2. Étape 2 : Les contributions sont 0,18, 0,40 et 0,18 ; leur somme vaut 0,76.
  3. Étape 3 : La probabilité d’être validé et de venir de C vaut 0,18. Parmi les dossiers validés, la part de C est donc 0,18/0,76 = 9/38.

Résultat : Le taux global est 76 %. La part de C parmi les dossiers validés vaut 9/38, soit environ 23,7 %.

Piège à éviter : Faire (90 + 80 + 60)/3 oublierait que les provenances n’ont pas le même poids.

La formule peut aussi servir à retrouver une proportion inconnue. On appelle x le poids du premier cas et 1 − x celui du second, puis on exprime le taux global. L’équation obtenue doit conduire à x dans [0 ; 1]. Un résultat en dehors de cet intervalle signale soit une erreur de calcul, soit des données incompatibles avec le modèle choisi.

À toi d'essayer

Deux ateliers ont des taux de défaut de 2 % et 10 %. Le taux global vaut 5 %. Retrouve la part de production du premier atelier.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Contrôler et communiquer une probabilité

Au bac : lire, représenter, calculer, interpréter

  1. Définir les événements et traduire les données en séparant probabilités simples, intersections et conditionnelles.
  2. Choisir un tableau ou un arbre. Vérifier les sommes aux nœuds et identifier les événements qui forment une partition.
  3. Multiplier sur un chemin, additionner les chemins incompatibles, puis diviser si la question demande une conditionnelle inverse.
  4. Conserver des fractions exactes quand elles se simplifient. Rédiger une phrase avec la population de référence : « parmi les… ». L’épreuve anticipée se prépare au calcul sans calculatrice.
Attention :

Erreurs fréquentes : additionner les taux sans les pondérer, prendre une conditionnelle pour une intersection, oublier un chemin ou diviser par la probabilité de l’événement recherché plutôt que par celle de l’événement connu. Une probabilité doit être comprise entre 0 et 1 ; un contrôle de cet intervalle est nécessaire, mais ne suffit pas à prouver le résultat.

Vocabulaire

Événement conditionnant :
Événement que l’on sait réalisé et qui fixe la population de référence.
Intersection :
Événement réalisé lorsque les deux propriétés sont simultanément vraies.
Partition :
Découpage complet de l’univers en cas deux à deux incompatibles.
Arbre pondéré :
Représentation des chemins possibles avec des probabilités sur les branches.

Choisir son outil

SituationDémarche
« Parmi les A, combien de B ? »Calculer P_A(B).
« A et B »Multiplier les branches du chemin adapté.
« B quelle que soit la provenance »Additionner sur une partition.

À retenir

  • Pour P(A) > 0, P_A(B) = P(A ∩ B)/P(A).
  • Les branches d’un chemin se multiplient ; les chemins incompatibles d’un événement s’additionnent.
  • Une partition permet de calculer une probabilité totale en pondérant les taux conditionnels.
  • Inverser un conditionnement nécessite de revenir à l’intersection et au bon dénominateur.

Fiche de révision

Identifier le groupe après « sachant » avant d’écrire un quotient.

Une branche après A décrit le groupe A ; sa valeur doit être multipliée par P(A) pour revenir à l’univers entier.

Le taux global se situe entre le plus petit et le plus grand taux des groupes de la partition : c’est un contrôle de cohérence.

Dans un problème inverse, poser un poids x et son complément 1 − x, puis résoudre une équation.

Et maintenant ?

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