Variables aléatoires
Construire une loi finie, calculer espérance, variance et écart type et interpréter des gains ou des transformations.
Environ 35 minutes
- Construire et utiliser une loi de probabilité
- Calculer et interpréter espérance, variance et écart type
- Utiliser la linéarité de l’espérance et la formule de König-Huygens
Une moyenne permet-elle de prévoir le prochain résultat ?
Un même jeu peut produire plusieurs gains. La loi décrit les valeurs et leurs probabilités, l’espérance résume leur moyenne et la variance mesure leur dispersion. Tu vas construire ces trois niveaux de description pour comparer des expériences sans confondre moyenne et certitude.
Associer un nombre à chaque issue
Une expérience aléatoire possède des issues, mais la question peut porter sur un nombre associé à chacune : un gain, un nombre de succès ou une durée choisie dans un ensemble fini de valeurs. Une variable aléatoire réelle X est une fonction qui associe à chaque issue de l’univers un nombre réel. Plusieurs issues différentes peuvent donner la même valeur de X.
La loi de X indique ses valeurs possibles x₁, x₂, … et les probabilités P(X = xᵢ) correspondantes. Pour la construire, on recense les issues puis on regroupe celles qui donnent le même nombre. Les probabilités de la loi sont positives ou nulles et ont pour somme 1. Les valeurs de X, elles, peuvent être négatives et ne doivent pas avoir pour somme 1.
Exemple résolu
Un jeu coûte 2 euros. Il verse 5 euros avec une probabilité de 2/5 et ne verse rien sinon. Détermine la loi du gain net X et son espérance.
- Étape 1 : On distingue la somme reçue et le gain net. Si le jeu verse 5 euros, X = 5 − 2 = 3 ; sinon, X = 0 − 2 = −2.
- Étape 2 : La loi est P(X = 3) = 2/5 et P(X = −2) = 3/5. Les probabilités ont bien pour somme 1.
- Étape 3 : L’espérance est la moyenne pondérée des gains : E(X) = 3 × 2/5 + (−2) × 3/5 = 6/5 − 6/5 = 0.
Résultat : Le gain net vaut 3 ou −2 euros et son espérance est nulle : le jeu est équitable au sens de l’espérance.
Piège à éviter : Utiliser 5 comme gain dans le premier cas oublierait la mise payée et ferait passer un jeu équitable pour un jeu favorable.
Un événement comme {X ≤ 0} regroupe les issues dont la valeur est au plus zéro. Sa probabilité se calcule en additionnant les probabilités des valeurs correspondantes, qui sont incompatibles. Pour la loi précédente, perdre de l’argent signifie X < 0 et a pour probabilité 3/5. L’espérance nulle ne supprime donc pas le risque de perdre.
À toi d'essayer
On lance deux pièces équilibrées indépendamment et X compte les piles. Donne la loi de X.
Voir la réponseMasquer la réponse
Les quatre issues PP, PF, FP et FF ont chacune une probabilité de 1/4. Ainsi P(X = 0) = 1/4, P(X = 1) = 1/2 et P(X = 2) = 1/4. Les deux issues PF et FP se regroupent dans la valeur 1.
Comprendre une moyenne pondérée
Pour une variable aléatoire de loi P(X = xᵢ) = pᵢ, l’espérance est E(X) = Σ xᵢpᵢ. Le symbole Σ indique qu’on additionne les produits pour toutes les valeurs possibles. La pondération est indispensable : une valeur très rare contribue moins à cette moyenne qu’une valeur fréquente. Si les valeurs sont toutes équiprobables, l’espérance devient leur moyenne ordinaire.
L’espérance s’exprime dans la même unité que X. Elle se situe entre la plus petite et la plus grande valeur possible, mais n’est pas nécessairement une valeur de la variable. Elle indique une moyenne théorique, pas le résultat garanti d’une partie. Lors de nombreuses répétitions indépendantes du même modèle, la moyenne observée tend à se stabiliser près de cette valeur ; un petit nombre de répétitions peut s’en écarter fortement.
L’espérance est linéaire : E(X + Y) = E(X) + E(Y) et E(aX + b) = aE(X) + b pour tous réels a et b. L’addition des espérances ne nécessite pas l’indépendance de X et de Y. Pour comprendre la première formule, on peut sommer sur toutes les issues : chaque valeur de X + Y s’écrit comme une somme, puis la distributivité sépare les deux contributions.
Pour juger un jeu à gain net, on le dit favorable au joueur si son espérance est positive, défavorable si elle est négative, équitable si elle est nulle. Ce vocabulaire ne juge que la moyenne théorique. Deux jeux d’espérance nulle peuvent avoir des pertes possibles très différentes. Il faut donc compléter ce premier indicateur par une mesure de dispersion.
À toi d'essayer
Un jeu fait perdre 2 euros avec une probabilité de 3/4 et gagner a euros avec une probabilité de 1/4. Quelle valeur de a le rend équitable ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Mesurer la dispersion : variance et écart type
L’espérance ne mesure pas l’éloignement des résultats par rapport à la moyenne. Pour cela, on utilise la variance V(X) = E((X − E(X))²), c’est-à-dire V(X) = Σ pᵢ(xᵢ − m)² avec m = E(X). Chaque écart à la moyenne est élevé au carré, ce qui empêche la compensation entre les écarts positifs et négatifs. La variance est donc toujours positive ou nulle.
Une autre expression, la formule de König-Huygens, simplifie le calcul : V(X) = E(X²) − E(X)². En développant (X − m)² = X² − 2mX + m² puis en prenant l’espérance, on obtient E(X²) − 2mE(X) + m², soit E(X²) − m². Attention : E(X²) se calcule en élevant les valeurs au carré avant la moyenne ; ce n’est généralement pas le carré de la moyenne.
Exemple résolu
Y prend les valeurs −1, 0 et 1 avec probabilités 1/4, 1/2 et 1/4. Calcule son espérance, sa variance et son écart type. Compare avec Z qui prend −1 et 1 avec probabilités égales.
- Étape 1 : La symétrie donne E(Y) = −1/4 + 0 + 1/4 = 0.
- Étape 2 : E(Y²) = 1 × 1/4 + 0 × 1/2 + 1 × 1/4 = 1/2. Donc V(Y) = 1/2 − 0² = 1/2.
- Étape 3 : L’écart type vaut σ(Y) = √V(Y) = √2/2.
- Étape 4 : Pour Z, l’espérance est également nulle et E(Z²) = 1. Ainsi V(Z) = 1 et σ(Z) = 1.
Résultat : Y et Z ont la même espérance, mais Y possède une variance plus petite : sa loi concentre une moitié de la probabilité sur la moyenne.
Piège à éviter : Conclure que deux variables d’espérance égale ont la même dispersion oublierait la répartition des probabilités autour de cette moyenne.
L’écart type σ(X) est la racine carrée de la variance. Contrairement à la variance, il retrouve l’unité de X : pour un gain en euros, la variance est en euros carrés et l’écart type en euros. Il mesure une dispersion ; ce n’est ni une probabilité ni un écart maximal. Une valeur peut se trouver à plus d’un écart type de l’espérance.
Ajouter une constante à toutes les valeurs décale la moyenne mais ne modifie pas leurs écarts entre elles : V(X + b) = V(X). Multiplier toutes les valeurs par a multiplie chaque écart par a, donc la variance par a² et l’écart type par |a|. Ces résultats se déduisent directement de la définition et donnent un contrôle utile lors d’une transformation.
Exemple résolu
On reprend X du premier exemple, de valeurs −2 et 3 avec probabilités 3/5 et 2/5. On définit T = 2X + 1. Détermine la loi de T, son espérance et sa variance.
- Étape 1 : La transformation envoie −2 sur −3 et 3 sur 7. On a donc P(T = −3) = 3/5 et P(T = 7) = 2/5.
- Étape 2 : Par linéarité, E(T) = 2E(X) + 1 = 1. Le calcul direct donne aussi (−3) × 3/5 + 7 × 2/5 = 1.
- Étape 3 : Pour X, E(X²) = 4 × 3/5 + 9 × 2/5 = 6 et E(X) = 0, donc V(X) = 6.
- Étape 4 : Ainsi V(T) = 2² × 6 = 24. On contrôle directement : E(T²) = 9 × 3/5 + 49 × 2/5 = 25 ; V(T) = 25 − 1² = 24.
Résultat : T prend −3 et 7, son espérance vaut 1 et sa variance vaut 24.
Piège à éviter : Multiplier seulement la variance par 2 au lieu de 2² oublierait que la définition repose sur des écarts au carré.
Lire une loi et présenter les calculs
À toi d'essayer
X prend seulement les valeurs 0 et 4, chacune avec une probabilité de 1/2. Son espérance vaut-elle une valeur possible ? Peut-on affirmer qu’un prochain résultat sera proche de l’espérance ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Au bac : étudier une variable aléatoire finie
- Définir ce que X mesure et déterminer ses valeurs. Pour un jeu, soustraire la mise avant d’établir la loi du gain net.
- Regrouper les issues donnant la même valeur et vérifier que les probabilités totalisent 1.
- Calculer E(X), puis E(X²) et V(X). Garder les fractions et les racines pour travailler sans calculatrice.
- Interpréter séparément moyenne et dispersion, avec leurs unités. Une espérance favorable n’est pas une promesse de gain.
Erreurs fréquentes : confondre les issues et les valeurs, oublier une mise, faire une moyenne non pondérée ou remplacer E(X²) par E(X)². Une variance négative révèle une erreur : il faut reprendre la loi ou les calculs avant de prendre une racine.
Vocabulaire
- Variable aléatoire :
- Fonction qui associe un nombre réel à chaque issue d’une expérience.
- Loi :
- Liste des valeurs possibles accompagnées de leurs probabilités.
- Espérance :
- Moyenne théorique pondérée des valeurs.
- Variance et écart type :
- Indicateurs de dispersion fondés sur les écarts à l’espérance.
Choisir son outil
| Situation | Démarche |
|---|---|
| Résultats à regrouper | Construire la loi. |
| Moyenne théorique | Calculer une somme de valeurs pondérées. |
| Dispersion | Calculer la variance puis sa racine carrée. |
À retenir
- Une variable aléatoire réelle associe un nombre à chaque issue ; sa loi regroupe les issues par valeur.
- L’espérance est une moyenne pondérée et possède la même unité que la variable.
- La variance vaut E(X²) − E(X)² ; l’écart type est sa racine carrée.
- L’espérance est linéaire sans condition d’indépendance.
Fiche de révision
Pour faire la loi, une même valeur doit apparaître une seule fois après regroupement.
Pour un jeu, écrire d’abord « gain net = versement − mise ».
Pour la dispersion, séparer le calcul de la moyenne des carrés et celui du carré de la moyenne.
Pour une transformation aX + b, la moyenne devient am + b ; les écarts sont multipliés par a.
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