Titrage colorimétrique

Comprendre l’équivalence, interpréter un changement de couleur et déterminer une concentration à partir d’un titrage.

Environ 35 minutes

  • Définir et repérer l’équivalence
  • Relier couleur et réactif limitant
  • Calculer une concentration par titrage
Sommaire
  1. 1. Identifier les solutions et la réaction
  2. 2. Comprendre le changement de réactif limitant
  3. 3. Exploiter la relation à l’équivalence
  4. 4. Réaliser et discuter un titrage

Comment une apparition de couleur peut-elle révéler une quantité inconnue ?

Un titrage utilise une réaction chimique pour déterminer la quantité d’une espèce présente dans un prélèvement. On ajoute progressivement un réactif de concentration connue jusqu’à un repère lié aux proportions de l’équation. Le changement de couleur sert à repérer expérimentalement ce moment. Il faut comprendre ce qui est introduit, ce qui réagit et ce qui reste après réaction : une couleur seule ne fournit pas une concentration sans bilan de matière.

1. Identifier les solutions et la réaction

La solution titrée contient l’espèce dont on cherche la quantité ou la concentration. Un volume précis de cette solution est prélevé, puis placé dans le récipient de réaction. La solution titrante contient le réactif de concentration connue ; elle est ajoutée à l’aide d’une burette. Le volume lu sur la burette décrit le volume versé, à déterminer à partir des lectures initiale et finale. Le volume de solution titrée est une autre grandeur, mesurée séparément.

La réaction support doit être suffisamment rapide, totale dans les conditions choisies et sélective pour l’espèce étudiée. Ces qualités permettent de relier la quantité de titrant ajoutée à la quantité consommée d’espèce titrée. Si une autre espèce réagit aussi, le volume utilisé ne représente plus uniquement la cible. Une méthode de titrage exige donc une préparation et des conditions définies, pas seulement deux solutions qui changent de couleur lorsqu’on les mélange.

Nous étudions le titrage d’ions Fe²⁺ par des ions permanganate MnO₄⁻ en milieu acide. L’équation fournie est MnO₄⁻ + 5 Fe²⁺ + 8 H⁺ → Mn²⁺ + 5 Fe³⁺ + 4 H₂O. Les ions H⁺ sont apportés en quantité suffisante selon le protocole. Les proportions utiles relient une mole de permanganate à cinq moles de Fe²⁺. Les protections, l’acidification et les déchets relèvent des consignes du laboratoire.

Vocabulaire

Solution titrée :
Solution dont un prélèvement contient l’espèce à doser.
Solution titrante :
Solution de concentration connue ajoutée progressivement.
Équivalence :
Situation où titrant et espèce titrée ont été introduits dans les proportions stœchiométriques.
Volume équivalent :
Volume de solution titrante correspondant à l’équivalence.

À toi d'essayer

La burette contient une solution de concentration connue. Le bécher contient un prélèvement de concentration inconnue. Quelle concentration doit être connue avant le titrage, et quel volume est recherché pendant l’ajout ?

Voir la réponse

La concentration de la solution titrante dans la burette doit être connue. On recherche le volume de titrant versé à l’équivalence. Le volume du prélèvement titré doit aussi être mesuré précisément, mais ce n’est pas le volume recherché sur la burette.

2. Comprendre le changement de réactif limitant

Avant l’équivalence, l’espèce titrée est encore présente en excès par rapport au titrant déjà ajouté. Chaque petite quantité de titrant peut être entièrement consommée par la réaction. À l’équivalence, les quantités introduites respectent exactement le rapport de l’équation. Après l’équivalence, l’espèce titrée a été épuisée dans le modèle, et une partie du titrant ajouté reste dans le milieu. Le changement de réactif limitant constitue la signification chimique du repère.

Après réaction, la quantité de Fe²⁺ diminue de 1,25 mmol à zéro jusqu’à l’équivalence à 12,5 mL, puis reste nulle.
Les ions permanganate ajoutés sont consommés avant l’équivalence. Au-delà de 12,5 mL, ils restent en excès ; leur couleur peut persister.

Ces graphiques correspondent à un prélèvement contenant 1,25 mmol de Fe²⁺ et à un titrant de concentration 0,0200 mol·L⁻¹. Chaque millilitre de titrant apporte 0,0200 mmol de MnO₄⁻, capable de consommer 0,100 mmol de Fe²⁺. Ils représentent les quantités après réaction pour chaque volume ajouté. La quantité introduite de permanganate, elle, augmente dès le début ; il ne faut pas la confondre avec la quantité restante.

Les ions permanganate sont fortement colorés, tandis que les ions Mn²⁺ sont très peu colorés dans les conditions usuelles de ce titrage. Avant l’équivalence, la coloration d’une goutte de titrant disparaît après mélange et réaction. Lorsque le titrant devient légèrement excédentaire, une teinte rose ou violette persistante peut apparaître. Ce repère expérimental est voisin de l’équivalence ; il correspond en pratique à un petit excès nécessaire pour rendre le changement visible.

Exemple résolu

Pendant le titrage de Fe²⁺ par MnO₄⁻, une goutte crée une coloration qui disparaît après agitation. Plus tard, une légère coloration persiste. Comment interpréter ces observations ?

  1. Étape 1 : La disparition indique que le permanganate ajouté a été consommé : il reste de l’espèce titrée capable de réagir.
  2. Étape 2 : La persistance après mélange indique que du permanganate reste dans le milieu.
  3. Étape 3 : Le protocole fixe le critère de persistance utilisé pour repérer le voisinage de l’équivalence.

Résultat : On recherche une faible coloration persistante, en ralentissant l’ajout à proximité du repère.

Piège à éviter : Une tache violette locale avant agitation ne prouve pas que l’ensemble du prélèvement a atteint l’équivalence.

À toi d'essayer

Un élève verse rapidement un grand volume après l’apparition de la teinte persistante, puis utilise le volume final pour calculer la concentration. Quel biais cela produit-il dans ce titrage ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

3. Exploiter la relation à l’équivalence

Pour une équation aA + bB → produits, avec A titré et B titrant, l’équivalence vérifie n₀(A)/a = nversé(B)/b. Si les concentrations sont exprimées en mol·L⁻¹ et les volumes en L, les quantités valent cAVₐ et cBVₑ. La relation devient cAVₐ/a = cBVₑ/b. Ce sont les coefficients de l’équation qui décident du rapport, et non une règle universelle disant que les quantités sont égales.

Exemple résolu

On titre 20,0 mL de solution de Fe²⁺ avec MnO₄⁻ à 0,0200 mol·L⁻¹. Le volume équivalent est 12,5 mL. Calculer la concentration en Fe²⁺.

  1. Étape 1 : À l’équivalence, n(Fe²⁺) = 5 n(MnO₄⁻ versé).
  2. Étape 2 : La quantité de titrant vaut 0,0200 × 0,0125 = 2,50 × 10⁻⁴ mol. Le prélèvement contient donc 1,25 × 10⁻³ mol de Fe²⁺.
  3. Étape 3 : La concentration vaut c = 1,25 × 10⁻³/0,0200 = 0,0625 mol·L⁻¹.

Résultat : La solution titrée a une concentration de 0,0625 mol·L⁻¹ en Fe²⁺.

Piège à éviter : Utiliser cAVₐ = cBVₑ sans le facteur cinq oublierait la stœchiométrie de la réaction.

L’ajout d’un peu d’eau dans le récipient, lorsqu’il est prévu par le protocole, ne change pas la quantité d’espèce titrée contenue dans le prélèvement. Il ne modifie donc pas le volume équivalent dans le modèle idéal, si la réaction reste adaptée aux nouvelles conditions. La concentration dans le récipient diminue, mais la quantité à consommer reste la même. Le calcul vise la concentration de la solution prélevée, pas celle du mélange après tous les ajouts.

Exemple résolu

La solution titrée de l’exemple précédent provenait d’une dilution par dix d’une solution initiale. Quelle concentration avait la solution initiale ?

  1. Étape 1 : Le titrage détermine d’abord la concentration de la solution diluée : 0,0625 mol·L⁻¹.
  2. Étape 2 : Une dilution par dix conserve la quantité du prélèvement tout en multipliant son volume par dix.
  3. Étape 3 : La concentration initiale est donc dix fois plus grande : 0,625 mol·L⁻¹.

Résultat : La solution initiale avait une concentration de 0,625 mol·L⁻¹.

Piège à éviter : La concentration obtenue par titrage ne doit pas être attribuée directement à la solution avant dilution.

À toi d'essayer

Après un prélèvement précis, on ajoute de l’eau au bécher sans perdre de soluté, dans des conditions où la réaction reste valide. Un élève prévoit un volume équivalent plus petit parce que la solution est plus diluée. A-t-il raison ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

4. Réaliser et discuter un titrage

Une manipulation fiable commence par des verreries adaptées et propres. La burette est préparée selon le protocole, notamment pour éviter une dilution involontaire du titrant et éliminer les bulles dans la partie de sortie. Le prélèvement se fait avec une pipette adaptée et son dispositif d’aspiration. On lit les volumes à hauteur correcte, on mélange pendant l’ajout et on ralentit à proximité du changement attendu. Les gestes précis sont montrés et encadrés en séance.

Un premier essai peut repérer approximativement la zone de virage. Un nouvel essai sur un nouveau prélèvement permet ensuite de travailler plus finement autour de cette zone. Les volumes retenus et les observations sont consignés. Si deux essais diffèrent nettement, il faut rechercher une cause avant de calculer une moyenne : bulle, dépassement du repère, prélèvement différent ou lecture incorrecte. Répéter n’efface pas un défaut systématique de méthode.

Au bac : expliquer un titrage colorimétrique

  1. Nomme l’espèce titrée, le titrant, les concentrations et les volumes concernés.
  2. Justifie les conditions de la réaction support et le rôle du milieu.
  3. Explique la couleur avant et après l’équivalence en nommant l’espèce responsable.
  4. Écris la relation stœchiométrique puis calcule la quantité du prélèvement.
  5. Déduis la concentration, corrige toute dilution préalable et discute les limites du repérage expérimental.

Il faut distinguer l’équivalence théorique et le point de repérage visuel. Le changement observé peut être décalé par une goutte de trop, une agitation insuffisante ou une couleur de fond gênante. La précision du résultat dépend aussi des volumes et de la concentration du titrant. Le compte rendu présente ces limites sans inventer une incertitude. Une méthode colorimétrique n’est pas adaptée si le changement attendu ne peut pas être distingué correctement.

Attention :

Erreurs fréquentes : confondre volume prélevé et volume versé ; oublier un coefficient ; utiliser des mL avec des mol·L⁻¹ sans conversion ; attendre une coloration trop intense ; oublier la dilution préalable ; conclure sur une goutte non mélangée.

Bilan

SituationRepère utile
Avant l’équivalenceLe titrant ajouté est consommé.
À l’équivalenceLes quantités introduites sont stœchiométriques.
Après l’équivalenceLe titrant reste en excès.
RésultatUne quantité dans le prélèvement, puis une concentration correctement rapportée.

Pour poursuivre, compare ce dosage chimique à l’étalonnage par absorbance. Le hub Exercices du site donne accès à l’espace S’entraîner.

À retenir

  • L’équivalence correspond à des proportions stœchiométriques entre les réactifs introduits.
  • Le réactif limitant change au passage de l’équivalence.
  • Dans l’exemple, une mole de MnO₄⁻ consomme cinq moles de Fe²⁺.
  • La couleur dépend des espèces restantes après réaction.
  • Le volume équivalent est distinct du volume de solution titrée prélevé.

Fiche de révision

Avant de calculer

écrire qui est dans la burette et qui est dans le récipient.

Relation repère

diviser chaque quantité par son coefficient avant de les égaler.

Dilution préalable

remonter à la concentration initiale avec le facteur connu.

Ajout d’eau dans le récipient

la quantité prélevée reste inchangée en l’absence de perte ou réaction parasite.

Contrôle visuel

agitation, ajout fin et critère de persistance fixé par le protocole.

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