Lewis et polarité
Compter les électrons, représenter les molécules et ions, puis relier géométrie et électronégativité à la polarité.
Environ 35 minutes
- Établir des schémas de Lewis de molécules et d’ions
- Prévoir une géométrie simple
- Déterminer la polarisation d’une liaison et la polarité d’une molécule
Pourquoi l’eau est-elle polaire alors que le dioxyde de carbone ne l’est pas ?
Les deux molécules contiennent des liaisons impliquant l’oxygène, mais leur organisation dans l’espace diffère. Pour comprendre cette différence, on part des électrons de valence, on construit un schéma de Lewis, puis on examine la géométrie et la polarisation des liaisons. Ces étapes répondent à des questions distinctes. Un schéma à plat représente une répartition d’électrons ; il ne suffit pas toujours à montrer la forme réelle de l’entité.
1. Compter et répartir les électrons de valence
Les électrons de valence sont les électrons de la couche externe d’un atome. Pour les éléments des familles principales étudiés ici, le tableau périodique et la configuration électronique permettent de les déterminer. L’hydrogène en possède un, le carbone quatre, l’azote cinq, l’oxygène six et le chlore sept. Le total d’une molécule neutre est la somme des contributions de ses atomes. Pour un ion, une charge négative ajoute des électrons au total et une charge positive en retire.
Un doublet contient deux électrons. Un doublet liant est partagé entre deux atomes et se représente par un trait. Deux traits forment une liaison double, trois une liaison triple. Un doublet non liant appartient à un seul atome. Le schéma doit utiliser exactement le nombre d’électrons disponibles : ajouter des doublets pour obtenir un dessin familier sans vérifier le total peut créer une espèce différente de celle demandée.
Dans les cas simples étudiés, l’hydrogène recherche une couche à deux électrons, appelée duet. Les atomes comme C, N et O sont souvent entourés de huit électrons, selon la règle de l’octet. Pour vérifier cet entourage, un doublet liant compte autour de chacun des deux atomes, mais dans le bilan total de l’entité il n’est compté qu’une fois. Ces règles sont des repères pour les espèces du programme, pas une justification pour inventer des électrons.
Exemple résolu
Construire le schéma de Lewis de H₂O.
- Étape 1 : Le total vaut 2 × 1 + 6 = 8 électrons, soit quatre doublets.
- Étape 2 : On place O au centre et deux liaisons simples O–H, utilisant deux doublets.
- Étape 3 : Les deux doublets restants sont non liants sur O. Chaque H respecte le duet et O est entouré de quatre doublets, donc de huit électrons.
Résultat : H₂O possède deux liaisons simples et deux doublets non liants sur l’oxygène.
Piège à éviter : Oublier les doublets non liants empêcherait de comprendre la géométrie et ne respecterait pas les huit électrons disponibles.
Vocabulaire
- Doublet liant :
- Paire d’électrons partagée entre deux atomes.
- Doublet non liant :
- Paire d’électrons portée par un seul atome.
- Lacune électronique :
- Emplacement vacant pouvant accueillir un doublet dans une description de Lewis.
- Électronégativité :
- Aptitude d’un atome engagé dans une liaison à attirer vers lui les électrons de cette liaison.
À toi d'essayer
Combien d’électrons de valence faut-il répartir pour OH⁻ ? Quelle structure simple satisfait le bilan ?
Voir la réponseMasquer la réponse
O apporte six électrons, H un et la charge négative un supplémentaire : huit électrons, soit quatre doublets. Une liaison O–H utilise un doublet et trois doublets non liants restent sur O. L’ensemble est représenté entre crochets avec la charge −.
2. Relier Lewis et géométrie
Les domaines électroniques autour d’un atome central se repoussent et adoptent une disposition qui les éloigne. Une liaison simple, double ou triple compte comme un domaine pour cette analyse géométrique ; un doublet non liant compte également comme un domaine. La géométrie moléculaire décrit ensuite la position des atomes, sans confondre les doublets non liants avec des atomes supplémentaires. Un modèle moléculaire aide à distinguer le dessin sur la feuille et l’organisation dans l’espace.
CH₄ possède quatre liaisons autour du carbone et adopte une géométrie tétraédrique. NH₃ possède trois liaisons N–H et un doublet non liant sur N : les atomes forment une pyramide à base triangulaire. H₂O possède deux liaisons et deux doublets non liants : sa géométrie est coudée. Il serait faux de rendre la molécule d’eau linéaire simplement parce que l’on peut écrire H–O–H sur une ligne.
Exemple résolu
Établir le schéma de Lewis de CO₂ et en déduire la géométrie autour de C.
- Étape 1 : Le total vaut 4 + 2 × 6 = 16 électrons, soit huit doublets.
- Étape 2 : Deux liaisons doubles C=O utilisent quatre doublets. Chaque O porte deux doublets non liants, ce qui utilise les quatre autres.
- Étape 3 : Autour de C, les deux liaisons doubles définissent deux domaines qui s’écartent au maximum dans des directions opposées.
Résultat : Le schéma est O=C=O, avec deux doublets non liants sur chaque O ; la molécule est linéaire.
Piège à éviter : Compter les quatre traits autour de C comme quatre domaines conduirait à une mauvaise géométrie.
Pour les molécules diatomiques, la géométrie est nécessairement linéaire puisqu’il n’y a que deux atomes. Leurs liaisons diffèrent cependant. H₂ possède une liaison simple. O₂ possède une liaison double et deux doublets non liants sur chaque O. N₂ possède une liaison triple et un doublet non liant sur chaque N. HCl possède une liaison simple et trois doublets non liants sur Cl. Chacun de ces schémas se vérifie par le nombre total d’électrons.
À toi d'essayer
NH₃ et CH₄ ont chacun quatre domaines électroniques autour de leur atome central. Pourquoi n’ont-ils pas la même géométrie moléculaire ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
3. Traiter les ions et les lacunes
Pour un ion polyatomique, on compte les électrons de tous les atomes puis on corrige le total avec la charge globale. La charge appartient à l’entité complète et s’écrit à l’extérieur de crochets. Elle ne doit pas être ajoutée à chaque atome. L’ion peut respecter les règles usuelles tout en portant une charge globale non nulle. La charge n’est donc pas un signal automatique d’octet incomplet.
Exemple résolu
Construire le schéma de Lewis de NH₄⁺ et proposer sa géométrie.
- Étape 1 : Le total d’électrons vaut 5 + 4 × 1 − 1 = 8, soit quatre doublets.
- Étape 2 : Quatre liaisons N–H utilisent les quatre doublets ; il n’en reste aucun non liant sur N.
- Étape 3 : Les quatre domaines liants autour de N se répartissent dans une disposition tétraédrique. On indique la charge + de l’ensemble.
Résultat : NH₄⁺ possède quatre liaisons simples N–H, aucun doublet non liant sur N et une géométrie tétraédrique.
Piège à éviter : Ajouter un électron pour une charge positive donnerait un total incorrect : un cation a perdu des électrons.
L’ion H₃O⁺ possède 6 + 3 − 1 = 8 électrons de valence dans ce comptage. Trois liaisons O–H utilisent six électrons et un doublet non liant reste sur O ; la géométrie moléculaire est pyramidale. OH⁻ possède une liaison O–H et trois doublets non liants sur O. Les schémas des ions monoatomiques Cl⁻ et O²⁻ comportent chacun quatre doublets autour du symbole de l’élément, avec la charge globale indiquée.
Pour Na⁺, l’atome de sodium a perdu l’électron de sa couche externe initiale : la représentation usuelle de Lewis écrit le symbole entre crochets avec +, sans doublet sur cette couche devenue vide. Sa configuration électronique restante est celle du néon. H⁺ est un cas différent : il ne possède plus d’électron. Son entourage incomplet comporte une lacune électronique, représentable par une petite case vide. Une lacune désigne une place vacante, pas un électron oublié au hasard.
4. Déterminer la polarité
Lorsque deux atomes liés n’ont pas la même électronégativité, les électrons de la liaison sont davantage attirés vers le plus électronégatif. La liaison est polarisée. On indique une charge partielle δ− du côté qui attire davantage et δ+ de l’autre. Ce sont des charges partielles, pas la transformation automatique de la molécule en deux ions séparés. Pour les éléments principaux, l’électronégativité tend à augmenter vers la droite et vers le haut du tableau, avec les précautions usuelles pour les gaz nobles.
La polarité d’une molécule dépend ensuite de la géométrie. Les effets des liaisons polarisées peuvent se compenser ou laisser une séparation globale des charges. Dans CO₂ linéaire, les deux liaisons C=O identiques sont opposées : leurs effets se compensent et la molécule est apolaire. Dans H₂O coudée, les effets des deux liaisons O–H ne se compensent pas : la molécule est polaire. Une liaison polarisée ne suffit donc pas à rendre toute molécule polaire.
Une molécule diatomique composée de deux atomes identiques, comme H₂, O₂ ou N₂, n’a pas de différence d’électronégativité entre ses atomes et est apolaire. HCl est polaire car Cl attire davantage les électrons de l’unique liaison. Pour une molécule plus complexe, évite de conclure à partir d’une seule liaison. Il faut examiner leur disposition, et les symétries réelles de l’entité, à partir d’un schéma et de données d’électronégativité.
Au bac : justifier structure et polarité
- Compte les électrons de valence en tenant compte de la charge éventuelle.
- Répartis doublets liants et non liants puis contrôle le total et les entourages.
- Compte les domaines électroniques autour de l’atome central et déduis la position des atomes.
- Compare les électronégativités pour orienter les charges partielles des liaisons.
- Examine la compensation dans l’espace avant de conclure sur la polarité de la molécule.
À toi d'essayer
Un élève conclut qu’une molécule est polaire parce qu’elle contient de l’oxygène. Donne un contre-exemple et précise les informations manquantes.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Erreurs fréquentes : oublier la charge dans le comptage ; compter deux fois un doublet liant dans le total ; oublier les doublets non liants ; confondre domaines et traits ; confondre charge partielle et ion ; ignorer la géométrie.
Bilan
| Situation | Repère utile |
|---|---|
| Lewis | Répartition des électrons de valence. |
| Géométrie | Disposition des atomes liée aux domaines électroniques. |
| Liaison polarisée | Attraction inégale des électrons par les atomes liés. |
| Molécule polaire | Séparation globale des charges qui ne se compense pas. |
Le chapitre suivant utilisera ces structures pour expliquer les interactions entre entités et les choix de solvants. Le hub Exercices du site donne accès à l’espace S’entraîner.
À retenir
- Un doublet contient deux électrons ; il peut être liant ou non liant.
- La charge d’un ion modifie le nombre d’électrons disponibles.
- Les domaines électroniques et les atomes ne définissent pas la même géométrie.
- La polarisation d’une liaison dépend des électronégativités.
- La polarité d’une molécule dépend aussi de la compensation des effets dans l’espace.
Fiche de révision
Compter avant de dessiner
H₂O comporte huit électrons de valence à répartir.
Double liaison
deux doublets, mais un seul domaine autour de l’atome central.
CH₄ tétraédrique, NH₃ pyramidale, H₂O coudée, CO₂ linéaire.
Pour un cation, retirer autant d’électrons que de charges positives.
Une structure contenant O peut rester apolaire : CO₂ fournit le contre-exemple.
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