Cohésion et solubilité
Relier interactions, dissolution et concentrations ioniques, choisir un solvant d’extraction et expliquer le rôle des savons.
Environ 35 minutes
- Expliquer la cohésion et la solvatation
- Calculer des concentrations ioniques
- Justifier une extraction et les propriétés d’un savon
Pourquoi le sel se dissout-il dans l’eau alors que l’huile forme une autre phase ?
Les propriétés d’un mélange dépendent des interactions entre les entités. Les liaisons à l’intérieur d’une molécule ne suffisent pas à expliquer comment plusieurs molécules ou ions restent associés, se dispersent dans un solvant ou se séparent en phases. Tu vas relier structure, cohésion et dissolution, puis utiliser des données pour choisir un solvant d’extraction. Les raisonnements qualitatifs doivent toujours être confrontés aux conditions et aux valeurs de solubilité fournies.
1. Comprendre ce qui maintient la matière
Dans un solide ionique, les cations et les anions s’organisent en un ensemble électriquement neutre. Les interactions électrostatiques entre charges contribuent à sa cohésion : les charges opposées s’attirent, les charges de même signe se repoussent. La structure résulte de l’ensemble de ces interactions. On ne décrit pas le chlorure de sodium solide comme un empilement de molécules NaCl isolées ; sa formule exprime le rapport entre les ions dans le réseau.
Dans un solide moléculaire, les molécules conservent leurs liaisons covalentes internes, mais des interactions existent aussi entre elles. Les interactions entre dipôles permanents concernent les molécules polaires. Des fluctuations électroniques produisent également des interactions entre entités apolaires : l’absence de polarité permanente ne signifie pas absence d’attraction. Leur intensité dépend notamment de la taille et de la déformabilité du nuage électronique, ainsi que des contacts possibles entre entités.
Un pont hydrogène est une interaction particulière entre un hydrogène lié à un atome très électronégatif, notamment O, N ou F, et un doublet disponible sur un autre atome approprié. Dans l’eau, il relie des molécules entre elles ; il n’est pas la liaison covalente O–H interne à chaque molécule. La présence d’hydrogène dans une formule ne suffit donc pas à annoncer des ponts hydrogène. Il faut examiner son environnement et les possibilités d’interaction.
Vocabulaire
- Solvatation :
- Association d’entités du solvant autour d’un soluté dispersé.
- Hydratation :
- Solvatation lorsque le solvant est l’eau.
- Solubilité :
- Quantité maximale d’une espèce pouvant être dissoute dans une quantité donnée de solvant ou de solution, selon la convention précisée, à des conditions fixées.
- Miscibilité :
- Aptitude de liquides à former une seule phase homogène dans les proportions considérées.
À toi d'essayer
Une molécule est apolaire. Peut-on conclure que le solide qu’elle forme ne possède aucune cohésion ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non. Des interactions liées aux fluctuations des nuages électroniques existent aussi entre molécules apolaires. Elles peuvent assurer une cohésion. L’absence de dipôle permanent ne signifie pas absence de toute interaction.
2. Dissocier et solvater des ions
L’eau est polaire. Son côté oxygène, partiellement négatif, interagit favorablement avec les cations ; ses côtés hydrogène, partiellement positifs, interagissent avec les anions. Lors d’une dissolution, les interactions avec le solvant permettent la séparation et la dispersion des ions si le bilan global est favorable. Les ions hydratés restent des ions : ils ne deviennent pas des atomes neutres par simple dissolution. La notation (aq) indique leur présence dans la solution aqueuse.
La dissolution du chlorure de sodium se représente par NaCl(s) → Na⁺(aq) + Cl⁻(aq). Pour le chlorure de calcium, CaCl₂(s) → Ca²⁺(aq) + 2 Cl⁻(aq). Le coefficient deux est indispensable pour conserver les éléments et la charge totale. Une quantité de sel dissous ne donne donc pas toujours la même quantité de chaque ion. La formule du solide impose les proportions entre les ions dispersés.
Exemple résolu
On dissout 0,0100 mol de CaCl₂ et on obtient 0,500 L de solution. La dissolution est complète. Déterminer les concentrations en Ca²⁺ et en Cl⁻.
- Étape 1 : L’équation est CaCl₂(s) → Ca²⁺(aq) + 2 Cl⁻(aq).
- Étape 2 : On obtient 0,0100 mol de Ca²⁺ et 0,0200 mol de Cl⁻.
- Étape 3 : Les concentrations sont [Ca²⁺] = 0,0100/0,500 = 0,0200 mol·L⁻¹ et [Cl⁻] = 0,0200/0,500 = 0,0400 mol·L⁻¹.
Résultat : La concentration en ions chlorure est deux fois celle des ions calcium ; les charges positives et négatives se compensent.
Piège à éviter : Attribuer 0,0200 mol·L⁻¹ à chaque ion oublierait l’indice deux de CaCl₂.
La concentration apportée en soluté et la concentration d’un ion sont donc distinctes. Le calcul précédent suppose la dissolution complète et le volume final donné. Si une partie du solide reste au fond, toute la quantité introduite ne doit pas être considérée comme dissoute. Il faut alors connaître la quantité effectivement dissoute ou la solubilité. La présence de solide peut aussi demander de vérifier si l’équilibre de dissolution a eu le temps de s’établir, sans le confondre avec un simple mélange insuffisant.
À toi d'essayer
Une solution contient des ions Al³⁺ et SO₄²⁻ issus de la dissolution complète de Al₂(SO₄)₃. Pour une concentration apportée de 0,010 mol·L⁻¹ en sel, donne les concentrations ioniques.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
3. Distinguer solubilité et miscibilité
Une espèce moléculaire peut se dissoudre sans se dissocier en ions. Ses molécules se dispersent parmi celles du solvant grâce aux interactions possibles. Une espèce polaire ou capable de ponts hydrogène présente souvent des affinités avec l’eau. Une partie hydrocarbonée importante favorise d’autres interactions et peut limiter la solubilité aqueuse. Le repère « des structures semblables se mélangent mieux » aide à proposer une hypothèse, mais ne remplace pas des données expérimentales.
La solubilité dépend de l’espèce, du solvant et des conditions, notamment de la température. Il faut lire son unité et sa convention : g par litre de solution, g par litre de solvant ou g pour une masse de solvant ne sont pas interchangeables. Une solution saturée contient la quantité maximale dissoute dans les conditions considérées. Ajouter davantage de solide ne fait pas automatiquement augmenter la concentration de la phase liquide.
Exemple résolu
À une température fixée, les données indiquent qu’au maximum 8,0 g d’un solide peuvent se dissoudre dans 100 g d’un solvant. On introduit 12,0 g de solide dans 150 g de ce solvant. Tout peut-il se dissoudre ?
- Étape 1 : La donnée porte sur une masse de solvant, pas sur le volume final de solution.
- Étape 2 : Pour 150 g de solvant, la capacité maximale vaut 8,0 × 150/100 = 12,0 g.
- Étape 3 : La masse introduite est égale à cette limite.
Résultat : Dans les conditions données et après dissolution suffisante, les 12,0 g peuvent se dissoudre ; la solution est alors saturée.
Piège à éviter : Utiliser 150 g comme masse de solution changerait la convention fournie.
Deux liquides miscibles forment une seule phase dans les proportions étudiées. Deux liquides non miscibles forment deux phases après séparation. La masse volumique détermine leur ordre vertical : la phase la plus dense se place en dessous. La solubilité d’une espèce dans l’un des liquides est une autre question. Un soluté peut préférer l’une des phases sans rendre les deux solvants miscibles.
La couleur aide parfois à suivre le soluté, mais elle ne suffit pas à identifier toutes les phases. Une phase incolore peut contenir une espèce dissoute. La phase organique n’est pas toujours au-dessus : certains solvants organiques sont plus denses que l’eau. Pour identifier l’ordre, il faut utiliser les masses volumiques et les observations prévues par le protocole, pas un dessin mémorisé sans conditions.
4. Extraire une espèce et comprendre les tensioactifs
Une extraction liquide-liquide transfère une espèce d’un solvant vers un autre. Le second solvant doit former une phase séparée du premier, dissoudre suffisamment bien l’espèce recherchée et ne pas réagir de manière indésirable. Son choix tient aussi compte des risques et des possibilités de traitement des déchets. Une extraction unique ne retire pas nécessairement tout le soluté : une répartition entre les phases peut subsister.
Exemple résolu
Un soluté est dans l’eau. Le solvant X est miscible à l’eau et le dissout très bien. Le solvant Y est non miscible à l’eau, le dissout mieux que l’eau et a une masse volumique de 0,80 g·mL⁻¹. Quel candidat convient à une extraction avec séparation des phases, sous réserve de sa compatibilité et de sa sécurité ?
- Étape 1 : X ne permet pas la séparation en deux phases exigée par la méthode.
- Étape 2 : Y fournit une phase distincte et une affinité favorable au transfert du soluté.
- Étape 3 : Si la phase aqueuse a une masse volumique voisine de 1,0 g·mL⁻¹, la phase Y se trouve au-dessus.
Résultat : Y est le candidat à retenir parmi ces données, après validation des autres conditions du protocole.
Piège à éviter : Choisir uniquement le meilleur pouvoir dissolvant pourrait conduire à un solvant miscible, impossible à séparer par décantation.
Dans une ampoule à décanter, le contact entre les phases favorise les échanges, puis on laisse les liquides se séparer. L’agitation et les dégazages suivent strictement les consignes, avec une orientation sûre et les protections adaptées. On retire le bouchon pour permettre l’écoulement lors de la séparation selon la procédure enseignée. L’interface se surveille pour éviter de mélanger à nouveau les fractions. Une émulsion peut rendre la séparation plus difficile.
Une espèce amphiphile possède une partie hydrophile, ayant une affinité avec l’eau, et une partie lipophile, ayant une affinité avec les corps gras. Un ion savon comporte une longue chaîne hydrocarbonée et une tête carboxylate COO⁻. La tête interagit avec l’eau tandis que la chaîne interagit avec la graisse. Des assemblages peuvent entourer des fragments gras et faciliter leur dispersion dans l’eau. Ce phénomène aide au lavage ; il ne signifie pas que la graisse est transformée en eau.
Au bac : justifier une dissolution ou une extraction
- Identifie les entités, leurs charges et leur polarité.
- Nomme les interactions pertinentes sans confondre liaison interne et interaction entre entités.
- Pour un sel, écris la dissolution puis utilise les coefficients pour calculer chaque concentration ionique.
- Pour une extraction, croise solubilité, miscibilité, masses volumiques et contraintes du protocole.
- Explique la position des phases et les limites du transfert ; pour un savon, relie chaque partie de la structure à son affinité.
À toi d'essayer
On remplace un solvant d’extraction par un autre, également non miscible à l’eau et favorable au soluté, mais plus dense que la phase aqueuse. Quelle consigne de récupération faut-il reconsidérer ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Erreurs fréquentes : confondre dissolution et réaction d’oxydoréduction ; oublier les coefficients des ions ; confondre solubilité et miscibilité ; placer systématiquement le solvant organique au-dessus ; annoncer une extraction complète sans preuve.
Bilan
| Situation | Repère utile |
|---|---|
| Solide ionique | Interactions entre charges et proportions ioniques. |
| Dissolution | Dispersion avec solvatation des entités. |
| Extraction | Deux phases et une affinité différente du soluté. |
| Savon | Tête hydrophile et chaîne lipophile. |
Pour poursuivre, les propriétés des molécules serviront à justifier les étapes d’une synthèse. Le hub Exercices du site donne accès à l’espace S’entraîner.
À retenir
- Des interactions existent aussi entre molécules apolaires.
- L’eau peut hydrater les ions grâce à sa polarité.
- La dissolution d’un sel conserve éléments et charge.
- Solubilité et miscibilité sont des propriétés distinctes.
- Une extraction nécessite deux phases séparables ; leur ordre dépend des masses volumiques.
- Un tensioactif amphiphile possède des parties d’affinités différentes.
Fiche de révision
Pour calculer les ions
formule du sel, équation, proportions, volume final.
Pour une limite de dissolution
lire l’unité et la quantité de solvant de référence.
Pour choisir un extractant
vérifier d’abord les phases possibles, puis l’affinité et les contraintes.
Pour récupérer
identifier la phase souhaitée avec les données, pas seulement sa couleur.
Le savon aide à disperser les corps gras grâce à l’association d’une tête polaire et d’une chaîne hydrocarbonée.
Et maintenant ?
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