Concurrence imparfaite
Pouvoir de marché, monopole, oligopole et politique de concurrence : analyser profits, stratégies et gains à l’échange.
Environ 35 minutes
- Expliquer les sources du pouvoir de marché.
- Comparer profit et surplus.
- Interpréter un dilemme stratégique et une intervention.
Le pouvoir de marché permet d’influencer le prix sans supprimer les contraintes de la demande.
Une entreprise seule sur un marché peut influencer son prix, mais elle ne vend pas n’importe quelle quantité à n’importe quel prix. Lorsque quelques entreprises se partagent un marché, chacune doit aussi anticiper les réactions des autres. Comment ces situations modifient-elles les gains à l’échange et pourquoi une politique de concurrence intervient-elle ? On étudie les sources du pouvoir de marché, puis ses effets sous des hypothèses explicites.
Comprendre les sources du pouvoir de marché
Le pouvoir de marché est la capacité d’une entreprise à influencer les conditions de vente, notamment le prix. Il peut provenir d’un faible nombre d’offreurs, de barrières à l’entrée ou d’une coordination entre entreprises. La définition du marché est importante : on examine les produits substituables et la zone géographique pertinente. Une entreprise peut être puissante sur un marché étroit sans vendre tous les biens de l’économie.
Les barrières à l’entrée rendent plus difficile l’arrivée de concurrents. Elles peuvent être liées à des coûts initiaux élevés, à l’accès à une ressource, à un réseau ou à des droits exclusifs. La différenciation du produit peut aussi réduire la substituabilité aux yeux des consommateurs. Le nombre d’entreprises ne suffit donc pas à mesurer toute l’intensité concurrentielle.
Un monopole naturel peut apparaître lorsque les coûts moyens diminuent sur la gamme de production pertinente : une seule infrastructure peut alors produire à moindre coût que plusieurs infrastructures concurrentes. Un monopole institutionnel résulte de règles accordant une exclusivité. Un monopole d’innovation peut être temporairement lié à une avance technique ou à un brevet. Ces catégories expliquent une origine, pas une efficacité garantie dans tous les domaines.
Exemple résolu
Dans une ville fictive, installer un réseau coûte 100 unités monétaires puis chaque raccordement 1 unité. Compare le coût moyen pour 100 clients servis par un seul réseau ou par deux réseaux identiques de 50 clients.
- Étape 1 : Un seul réseau coûte 100 + 100 = 200, soit 2 unités par client.
- Étape 2 : Chaque réseau de 50 clients coûte 100 + 50 = 150. Les deux coûtent 300 au total, soit 3 unités par client.
- Étape 3 : La duplication des coûts fixes augmente ici le coût moyen. Le calcul suppose une même qualité et l’absence d’autres avantages de la concurrence.
Résultat : Cet exemple illustre une source possible de monopole naturel. Il ne décide pas, à lui seul, du mode de propriété ni des règles de tarification souhaitables.
Piège à éviter : Coût moyen faible et prix faible ne sont pas synonymes : l’entreprise peut disposer d’un pouvoir de marché.
À toi d'essayer
Une entreprise détient un brevet sur un procédé, mais plusieurs produits substituables sont disponibles. Peut-on conclure qu’elle monopolise nécessairement tout le marché ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non. Le droit exclusif concerne un objet défini ; la présence de substituts peut limiter le pouvoir de marché. Il faut préciser le produit, les possibilités de substitution et le marché étudié.
Un faiseur de prix reste soumis à la demande
Le monopole est l’unique offreur sur le marché défini. Il est faiseur de prix : son choix de quantité peut modifier le prix auquel il vend. Mais la demande limite les ventes possibles. Dans le modèle où toutes les unités sont vendues au même prix, augmenter la quantité oblige à diminuer le prix pour tous les acheteurs concernés. Maximiser le chiffre d’affaires ne revient donc pas à maximiser le profit.
La recette totale est le prix multiplié par la quantité. La recette marginale correspond à son augmentation lorsqu’une unité supplémentaire est vendue. Pour un monopole confronté à une demande décroissante avec prix unique, elle peut être inférieure au prix de l’unité, car la baisse du prix touche aussi les unités déjà vendues. L’entreprise compare cette recette supplémentaire au coût marginal.
Exemple résolu
Dans le modèle fictif, P = 10 − Q et le coût total vaut 2Q, sans coût fixe. Compare les profits pour Q = 3, Q = 4 et Q = 5.
- Étape 1 : Pour Q = 3, le prix vaut 7, la recette 21 et le coût 6 : le profit vaut 15.
- Étape 2 : Pour Q = 4, le prix vaut 6, la recette 24 et le coût 8 : le profit vaut 16.
- Étape 3 : Pour Q = 5, le prix vaut 5, la recette 25 et le coût 10 : le profit retombe à 15.
Résultat : La quantité 4 donne le profit le plus élevé parmi ces choix. Dans le modèle continu, le profit 8Q − Q² est maximal à Q = 4. Le prix correspondant est 6.
Piège à éviter : La recette atteint 25 à Q = 5, mais le profit y est inférieur à celui obtenu à Q = 4.
Le résultat concurrentiel de référence avec ce même coût marginal serait Q = 8 et P = 2. Le monopole choisit ici une quantité plus faible et un prix supérieur. Sous ces hypothèses, le surplus des consommateurs vaut 4 × 4 ÷ 2 = 8 euros en monopole. Le surplus du producteur atteint 16 euros, puisque les coûts fixes sont nuls. Leur somme est 24 euros, contre 32 euros dans la référence concurrentielle.
La différence de 8 euros est une perte de gains à l’échange : des unités dont la disposition à payer dépasse le coût marginal ne sont pas produites. Une partie du surplus initial des consommateurs est transférée au producteur, mais ce transfert n’explique pas toute la perte totale. Le résultat porte sur le modèle, à demande et coûts identiques ; il ne résume pas tous les effets possibles d’une innovation ou d’une organisation réelle.
À toi d'essayer
Une entreprise vend 10 unités à 8 euros puis 11 unités à 7,50 euros, avec un prix identique pour toutes les unités. Quelle recette supplémentaire obtient-elle ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Anticiper les stratégies des concurrents
Un oligopole regroupe un petit nombre d’offreurs importants. Le prix, la quantité ou l’innovation d’une entreprise peut modifier les résultats des autres. Cette interdépendance stratégique oblige à anticiper leurs réactions. Une situation oligopolistique peut donner lieu à une rivalité intense ; elle ne signifie pas automatiquement une entente.
Une entente peut chercher à limiter la concurrence, par exemple en coordonnant les prix ou en se répartissant des clients. Pour comprendre les incitations, on utilise un dilemme du prisonnier. Deux entreprises choisissent simultanément entre maintenir un prix élevé et réduire le prix, sans connaître le choix de l’autre. Le tableau de gains permet de comparer le résultat collectif et les intérêts individuels.
Du constat à l’explication
| Constat | Interprétation |
|---|---|
| Les deux maintiennent un prix élevé | Profits fictifs : A = 8 ; B = 8. |
| A réduit, B maintient | Profits fictifs : A = 12 ; B = 2. |
| A maintient, B réduit | Profits fictifs : A = 2 ; B = 12. |
| Les deux réduisent | Profits fictifs : A = 4 ; B = 4. |
Exemple résolu
Utilise les gains fictifs du tableau. Quel choix préfère chaque entreprise, que fait l’autre, et pourquoi existe-t-il une incitation à l’entente ?
- Étape 1 : Si B maintient le prix élevé, A préfère réduire : 12 dépasse 8. Si B réduit, A préfère encore réduire : 4 dépasse 2.
- Étape 2 : Le raisonnement est symétrique pour B. La réduction est donc le meilleur choix individuel dans chaque cas de ce jeu.
- Étape 3 : Les deux réduisent et reçoivent 4 chacune, alors qu’un maintien commun donnerait 8 chacune. Elles ont un intérêt commun à coordonner leurs choix, mais chacune est tentée de dévier.
Résultat : Le jeu explique à la fois l’incitation à coordonner les prix et l’instabilité possible d’une entente. Il ne prouve pas l’existence d’une entente dans un marché réel.
Piège à éviter : Un gain collectif élevé pour les entreprises ne signifie pas un surplus élevé pour les consommateurs.
Le jeu suppose des choix simultanés et une interaction isolée. Dans la réalité, répétition des échanges, observation des prix, risques de sanction et possibilités d’entrée peuvent modifier les incitations. Ces limites ne retirent pas l’intérêt du modèle : elles indiquent ce qu’il faudrait examiner avant de transposer sa conclusion.
À toi d'essayer
Dans un marché avec trois entreprises, les prix augmentent en même temps après une hausse commune du coût de l’énergie. Cela prouve-t-il une entente ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Comprendre la politique de concurrence
La politique de concurrence vise notamment à limiter les pratiques qui restreignent la rivalité au détriment des consommateurs. Elle comprend le contrôle de certaines fusions-acquisitions et la lutte contre les ententes illicites et les abus de position dominante. Une position dominante n’est pas, en elle-même, identique à un abus ; les pratiques et leurs effets doivent être examinés.
Une fusion peut accroître l’efficacité productive, mais aussi réduire le nombre de concurrents et renforcer un pouvoir de marché. L’analyse compare des effets possibles sur prix, qualité, choix et innovation. Selon la situation et le cadre applicable, une opération peut être autorisée, soumise à des engagements ou empêchée. La leçon présente les mécanismes, sans inventer de décision juridique récente ni appliquer une règle chiffrée.
En empêchant une restriction de production ou une hausse de prix liée à une pratique anticoncurrentielle, une intervention peut augmenter le surplus des consommateurs. Cependant, l’évaluation demande un scénario de référence : comparer avant et après sans tenir compte des coûts, de la demande ou de l’innovation peut tromper. Les effets se mesurent sur un périmètre de marché clairement défini.
Au bac : argumenter sur le pouvoir de marché
- Définis le marché et identifie la source du pouvoir : nombre d’offreurs, barrière ou coordination.
- Présente les contraintes de demande et les choix de prix ou quantité. Appuie l’explication sur un tableau ou un calcul cohérent.
- Distingue transfert de surplus et perte de gains à l’échange, sous les hypothèses retenues.
- Relie une politique de concurrence à une pratique et à ses effets, sans confondre concentration et illégalité.
Vocabulaire et pièges essentiels
Vocabulaire
- Barrière à l’entrée :
- Obstacle à l’arrivée ou au développement de concurrents sur un marché.
- Monopole :
- Situation d’un offreur unique sur un marché défini.
- Oligopole :
- Situation où quelques offreurs importants sont stratégiquement interdépendants.
- Entente :
- Coordination entre entreprises pouvant porter notamment sur les prix, quantités ou clients.
Faiseur de prix ne signifie pas liberté de vendre toute quantité à tout prix. Oligopole ne signifie pas automatiquement entente. Position dominante et abus sont distincts. Un transfert de surplus n’est pas la même chose qu’une perte totale de gains.
S’entraîner : dans l’espace Exercices du site, vérifie les calculs de profit et raisonne sur les choix stratégiques. La suite porte sur les défaillances qui peuvent exister même lorsque les entreprises sont nombreuses.
À retenir
- Le pouvoir de marché peut résulter de barrières, d’un faible nombre d’offreurs ou d’ententes.
- Le monopole choisit un couple prix-quantité contraint par la demande.
- Dans le modèle étudié, il réduit les échanges et leur gain total relativement à la concurrence.
- Un oligopole implique une interdépendance stratégique.
- La politique de concurrence agit sur certaines opérations et pratiques pour préserver la rivalité.
Fiche de révision : Concurrence imparfaite
Origines
distinguer réseau coûteux, droit exclusif et avance d’innovation.
Choix
recette moins coût donne le profit, pas le seul chiffre d’affaires.
Surplus
séparer redistribution des gains et échanges avantageux non réalisés.
Stratégie
comparer chaque décision à chacune des décisions possibles du rival.
Action publique
examiner pratiques et effets sur le marché précisément défini.
Questions fréquentes
Un monopole peut-il fixer un prix arbitrairement élevé sans perdre de ventes ?
Non. La demande contraint la quantité vendable à chaque prix.
Toute fusion est-elle anticoncurrentielle ?
Non. Ses effets possibles sur concurrence et efficacité doivent être examinés.
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