Modéliser la mécanique

Décrire les mouvements et les actions mécaniques : référentiel, liaisons, vitesses, torseurs et moment d’une force.

Environ 35 minutes

  • Choisir un modèle mécanique
  • Relier positions et vitesses
  • Décrire une liaison et une action mécanique
Sommaire
  1. Choisir un modèle et un référentiel
  2. Relier position, vitesse et accélération
  3. Représenter les mobilités et les actions transmissibles
  4. Choisir les outils adaptés

Pourquoi un point peut-il accélérer sans aller plus vite ?

Les mécanismes imposent de distinguer position, vitesse, direction et actions mécaniques. Cette leçon construit des modèles simples de translation et de rotation, puis introduit les liaisons et les torseurs nécessaires à une description cohérente.

Choisir un modèle et un référentiel

Modéliser un mécanisme consiste à retenir les propriétés nécessaires pour répondre à une question. Un chariot, un bras articulé ou un ventilateur peut être représenté par des solides et des liaisons. Un solide indéformable conserve les distances entre ses points. Cette hypothèse simplifie l’étude, mais elle ne décrit pas une déformation importante. Un modèle plan suppose que les mouvements et les actions étudiés peuvent être décrits dans un même plan, avec des rotations autour d’axes perpendiculaires.

Un mouvement se décrit toujours par rapport à un référentiel. Un passager est immobile par rapport au siège et mobile par rapport à la route. Pour un mécanisme fixé à une table, on choisit souvent un référentiel lié au support. On lui associe un repère orthonormé, une origine et des axes orientés. Les coordonnées indiquent la position ; le choix de l’origine ne change pas la distance réellement parcourue, mais il change les valeurs numériques des positions.

La trajectoire d’un point est l’ensemble de ses positions successives dans le référentiel retenu. Il faut distinguer la trajectoire d’un point du mouvement d’un solide entier. Un solide en translation conserve l’orientation de ses segments ; tous ses points ont au même instant le même vecteur vitesse. En rotation autour d’un axe fixe, les points situés sur l’axe restent immobiles et les autres décrivent des cercles centrés sur l’axe.

En rotation, la trajectoire d’un point hors de l’axe est circulaire. Sa vitesse est tangente ; elle n’est pas dirigée vers le centre.

Les hypothèses se justifient par la situation : dimensions négligeables pour une étude de trajet, rigidité suffisante pour un mouvement, frottements écartés si l’on étudie seulement une relation géométrique. Écrire « modèle idéal » sans préciser les propriétés retenues ne suffit pas. Une limite du modèle est une information utile : elle indique dans quelles conditions une prévision peut être comparée au mécanisme réel.

À toi d'essayer

Une cabine conserve son orientation pendant que son centre suit un cercle. Son mouvement est-il nécessairement une rotation ?

Voir la réponse

Non. Si tous les segments de la cabine restent parallèles à eux-mêmes, le mouvement est une translation curviligne. La trajectoire circulaire d’un point ne suffit pas à prouver la rotation du solide.

Relier position, vitesse et accélération

La vitesse moyenne sur un intervalle est le déplacement divisé par la durée. Sur une droite orientée, elle s’écrit Δx/Δt et peut être négative. La vitesse instantanée correspond à la dérivée de la position par rapport au temps. Elle indique le sens et la rapidité du déplacement à cet instant. L’accélération est la dérivée de la vitesse. Dans un mouvement rectiligne uniforme, la vitesse est constante et l’accélération nulle.

La position augmente de deux mètres chaque seconde : la vitesse est constante et vaut 2 m·s⁻¹ dans ce modèle.

Exemple résolu

Un chariot se déplace selon x(t) = 2t, avec x en mètres et t en secondes, entre 0 et 3 s. Détermine sa position finale, sa vitesse et son accélération.

  1. Étape 1 : À t = 3 s, calculer x = 2 × 3 = 6 m.
  2. Étape 2 : La pente de la droite position-temps est 2 m par seconde ; la dérivée de 2t vaut 2.
  3. Étape 3 : La vitesse étant constante, sa dérivée est nulle.

Résultat : La position finale est 6 m, la vitesse est +2 m·s⁻¹ et l’accélération est 0 m·s⁻² dans le référentiel choisi.

Piège à éviter : Une position de 6 m ne devient pas une vitesse de 6 m·s⁻¹ : les grandeurs et les unités sont différentes.

Pour une rotation autour d’un axe fixe, on utilise une position angulaire θ. La vitesse angulaire ω est sa dérivée et s’exprime en radians par seconde. La norme de la vitesse d’un point situé à la distance r de l’axe vaut v = r|ω|. Sa direction est tangente à la trajectoire. Deux points du même solide ont la même vitesse angulaire, mais des vitesses linéaires différentes s’ils ne sont pas à la même distance de l’axe.

Exemple résolu

Un disque tourne à 60 tours par minute. Un point A est à 0,10 m de l’axe. Détermine la vitesse angulaire et la norme de la vitesse de A.

  1. Étape 1 : Convertir 60 tours par minute en un tour par seconde.
  2. Étape 2 : Un tour correspond à 2π radians : |ω| = 2π rad·s⁻¹.
  3. Étape 3 : Appliquer v = r|ω| = 0,10 × 2π.

Résultat : La norme de la vitesse vaut 0,20π m·s⁻¹, soit environ 0,628 m·s⁻¹. Au centre du disque, r = 0 et la vitesse est nulle.

Piège à éviter : Utiliser directement 60 comme une vitesse en radians par seconde oublie les conversions de tour et de minute.

Une vitesse de norme constante n’implique pas une accélération nulle. En mouvement circulaire uniforme, le vecteur vitesse change de direction. L’accélération est dirigée vers le centre et sa norme vaut v²/r pour un point hors de l’axe. La dérivation porte donc sur un vecteur, pas seulement sur sa norme. Cette distinction prépare l’étude des mouvements sans faire intervenir ici une résolution dynamique des forces.

Le champ des vitesses d’un solide relie les vitesses de ses différents points. En notation vectorielle, vB = vA + Ω × AB, avec toutes les vitesses exprimées dans le même référentiel. Le produit vectoriel traduit la contribution de la rotation. En translation, Ω est nul, donc vA = vB. Dans le cas simple de deux translations colinéaires superposées, les vitesses relatives s’ajoutent algébriquement ; un signe négatif traduit un sens opposé.

À toi d'essayer

Un chariot avance à 0,4 m·s⁻¹ par rapport à une table. Sur le chariot, un curseur se déplace à 0,1 m·s⁻¹ dans le sens opposé. Quelle est sa vitesse par rapport à la table ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Représenter les mobilités et les actions transmissibles

Une liaison limite les mouvements relatifs de deux solides. Une liaison pivot idéale autorise une rotation autour d’un axe et bloque les autres mouvements relatifs. Une glissière idéale autorise une translation suivant un axe. Un encastrement bloque tout mouvement relatif. Un schéma cinématique remplace les pièces par des solides et les contacts par des liaisons idéalisées ; il ne reproduit pas la forme exacte des composants.

Le graphe de liaisons indique quels solides sont en relation. Pour un chariot guidé sur un bâti, les deux sommets représentent le chariot et le bâti ; la relation est une glissière suivant la direction du déplacement. Pour un disque tournant sur un support, la relation est une pivot. Dans une chaîne fermée, les positions doivent respecter la fermeture géométrique : parcourir les vecteurs d’une boucle fermée ramène au point de départ, donc leur somme est nulle.

Un torseur cinématique regroupe, en un point A, le vecteur vitesse angulaire Ω et le vecteur vitesse vA d’un solide par rapport à un autre. Dans un modèle plan (x, y), la rotation est portée par z et la vitesse du point possède deux composantes dans le plan. Ce regroupement permet de décrire le mouvement sans recopier les vitesses de tous les points ; le champ des vitesses donne ensuite celles des autres points.

Une action mécanique peut modifier un mouvement ou déformer un objet. Elle se modélise par une résultante de forces et un moment en un point choisi : c’est un torseur d’action mécanique. Dans le plan, on conserve deux composantes de force et un moment autour de z. Une liaison parfaite ne transmet pas d’effort dans sa mobilité libre : une pivot parfaite ne transmet pas de couple suivant son axe libre ; une glissière parfaite ne transmet pas de force suivant sa translation libre. Des frottements réels peuvent modifier cette idéalisation.

Il faut préciser qui agit sur qui. Le poids modélise l’action de la Terre sur un objet, tandis que le contact du support est une autre action. Une force possède une direction, un sens, une intensité et, dans le modèle d’une action localisée, un point d’application. Sa valeur s’exprime en newtons. La masse, exprimée en kilogrammes, n’est pas une force. Les calculs d’équilibre complet et de dynamique constituent d’autres études ; décrire correctement les actions est un préalable.

La force est perpendiculaire à OA. Son moment autour de l’axe passant par O, positif vers l’observateur, vaut +2 N·m.

Exemple résolu

Une force verticale de 10 N agit en A, à 0,20 m horizontalement à droite de O. Calcule son moment autour de l’axe z passant par O, dirigé vers l’observateur.

  1. Étape 1 : Identifier la distance perpendiculaire entre O et la droite d’action de la force : 0,20 m.
  2. Étape 2 : Calculer la valeur du moment : 10 × 0,20 = 2 N·m.
  3. Étape 3 : Le sens de rotation associé est antihoraire dans le dessin : il correspond à z positif.

Résultat : Le moment autour de O vaut +2 N·m. Déplacer la même force sur une droite passant par O donnerait un moment nul autour de O.

Piège à éviter : Le moment dépend du point de référence et du bras de levier ; il ne se réduit pas à l’intensité de la force.

À toi d'essayer

Une force de 12 N agit suivant une droite passant par le pivot O d’une barre. Peut-elle avoir un moment non nul autour de l’axe du pivot, perpendiculaire au plan ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Choisir les outils adaptés

Au bac : construire une réponse mécanique

  1. Annonce le solide, le référentiel et le repère ; précise les hypothèses de rigidité et de mouvement plan.
  2. Identifie la liaison et les mobilités autorisées avant d’écrire une relation.
  3. Distingue une question cinématique, sur le mouvement, d’une question sur les actions mécaniques.
  4. Écris la relation avec ses unités, contrôle le sens du résultat et confronte-le au mouvement représenté.

Vocabulaire

Référentiel :
Cadre physique par rapport auquel on décrit un mouvement.
Translation :
Mouvement dans lequel les segments du solide conservent leur orientation.
Moment :
Grandeur caractérisant l’effet de rotation d’une action mécanique autour d’un point ou d’un axe.
Liaison parfaite :
Modèle de liaison sans frottement dans les mobilités autorisées.
Attention :

Erreurs fréquentes : oublier le référentiel ; confondre trajectoire et mouvement du solide ; utiliser des tours par minute comme des radians par seconde ; confondre masse et poids ; oublier le point auquel un moment est calculé.

Bilan

QuestionRepère
PositionCoordonnées et angle dans un repère annoncé.
VitesseVariation de la position et direction du mouvement.
LiaisonMobilités relatives et actions transmissibles.
Action mécaniqueRésultante et moment au point choisi.

Dans l’espace S’entraîner, retrouve /exercices pour poursuivre. Avant un calcul, dessine les directions et choisis des unités cohérentes : cette préparation évite de nombreuses erreurs de signe.

À retenir

  • Un mouvement dépend du référentiel choisi.
  • En translation, tous les points du solide ont le même vecteur vitesse à un instant donné.
  • En rotation autour d’un axe fixe, v = r|ω| pour un point à la distance r de l’axe.
  • Une action mécanique se décrit par une résultante et un moment au point choisi.
  • Le moment d’une force autour d’un axe est nul lorsque sa droite d’action passe par cet axe dans le modèle plan étudié.

Fiche de révision

Avant de calculer

nommer le référentiel, les axes et les hypothèses.

Droite x(t) de pente 2

vitesse constante +2 m·s⁻¹ et accélération nulle.

À 60 tours/min

un tour/s, donc |ω| = 2π rad·s⁻¹.

Pivot

rotation libre ; glissière : translation libre. Les efforts transmissibles dépendent du modèle de liaison.

Pour un moment plan

intensité × distance perpendiculaire, avec le signe du sens de rotation.

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